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Lettre ouverte aux amateurs de BIS, de Z, et autres films d'exploitation
(lettre envoyée au fanzine Fantasticorama)
- Février 1999 -

«J'en conviens : la série Z, ce n'est pas le sujet le plus à la mode, ni le plus crucial du moment. Mais il se trouve que, vous et moi, affectionnons cette catégorie de films un peu spéciale. C'est donc à la lecture de votre sympathique dossier que je me suis décidé à vous écrire sur ce sujet... pour tenter de donner ma définition du Z, de cerner un peu ce que recouvre cette expression bizarre. Car il me semble qu'il existe une sorte de confusion - impression renforcée à la lecture des interviews que vous reproduisez.

     Qu'est-ce que la série Z ? Sans aller trop dans le détail, et pour simplifier, disons que c'est une des appellations modernes du cinéma bis, qui lui-même était une sorte d'extrême du cinéma de série B (classification apparue aux USA après la guerre et qui s'applique essentiellement aux films dits "de genre" : westerns, policiers, fantastiques...)
     Le cinéma Bis, qualifié parfois de cinéma d'exploitation, se caractérise par des budgets réduits, des tournages plus courts, une absence de stars au casting, etc... Souvent, ces films démarquent les grands succès commerciaux des majors. Roger Corman est le producteur de Bis le plus connu, Ed Wood le réalisateur le plus mythique...
     Selon moi, l'expression "série Z", plus à la mode, se rapporte davantage à l'exploitation vidéo. Car aujourd'hui, à la différence d'il y a vingt ans, les petites productions américaines (cette catégorie de films n'est plus produite en France, ni même en Italie) sont orientées vers le marché de la vidéo et des télévisions câblées (mieux, ces films sont de plus en plus souvent tournés directement en vidéo pour des raisons d'économies). Citons parmi les figures de la "série Z" actuelle Fred Olen Ray, Jim Wynorski, Matt Devlen ou dans un genre légèrement différent, et plus intéressant à mon goût, l'équipe Troma...
     Notons au passage que le cinéphile doit s'abstenir de faire la confusion entre le genre d'un film (comédie, drame, épouvante...) et sa catégorie de production (gros budget "blockbuster", série B, série Z...). Cette dernière classification est davantage d'ordre commercial qu'artistique. Certes, et cela vient compliquer un peu les choses, certains réalisateurs (j'en suis) déclarent s'inscrire délibérément dans un style quelque peu underground et marginal en s'inspirant du "meilleur" de la production Z : caractère kitsch, ton décalé, second et troisième degré frisant l'autoparodie, manque de moyens assumé, délire gratuit, etc...) Cela devient alors une démarche artistique, mais il ne faut pas perdre de vue qu'au départ, le film d'exploitation et le film Z s'inscrivent dans une démarche commerciale, et par nature, professionnelle.

     C'est là que les choses semblent se mélanger dans l'esprit de certains cinéphiles et rédacteurs de fanzine : trop souvent, on ne distingue pas les productions professionnelles et les films amateurs. Ce qui fausse inévitablement le jugement que l'on peut porter sur tel ou tel film. Cette distinction n'a rien à voir, bien sûr, avec la qualité : un bon court-métrage amateur vaut cent fois un mauvais téléfilm professionnel ! Mais, néanmoins, il ne s'agit pas de la même chose : finalité et conditions de production différentes...

     Dés lors, il y a des idées reçues à éviter. La première : « un film Z est un film amateur ». C'est évidemment absurde ! Le cinéma d'exploitation a forcément une finalité commerciale (c'est son but !).(1) De plus, il est réalisé de manière professionnelle par des professionnels, ce qui n'est pas contradictoire avec le fait qu'il dispose de moyens réduits.
     Deuxième idée reçue souvent présente dans les fanzines : « le film le plus Z, c'est celui réalisé pour cent francs - le prix de la cassette - avec un camescope emprunté à un copain ». Un film ayant coûté 200 francs serait alors un peu moins Z que celui qui coûterait 100 francs... Chers amis, arrêtons le délire !
     En fait, le budget d'un film Z qui se propose de plagier Indiana Jones peut se situer autour de 500 000 F s'il est réalisé en vidéo, ou encore de plusieurs millions, surtout s'il est tourné en cinéma. Cela restera du cinéma d'exploitation (vu la catégorie de budget, vu les motivations des producteurs, le circuit de diffusion du film et son type de promotion). Un film censé être rapidement amorti par les ventes TV et vidéo... Voilà l'esprit et la nature du cinéma d'exploitation, auquel je veux rendre hommage dans mes films dits "Z" : je revendique le statut de producteur de films d'exploitation français, parodiques et avoués.

     C'est parce que subsiste cette confusion entre productions pro et films amateurs qu'on a du mal à cerner la production "Z" française (qui est en fait quasi-inexistante) : certains pensent que je suis un des seuls à en tourner, avec N.G.Mount et Jean Rollin ; d'autres soutiennent qu'il y a des dizaines de réalisateurs de Z français, que le secteur se porte bien et se développe... Ces derniers confondent, et comptabilisent les courts-métrages filmés par des étudiants ou des passionnés dont le nombre a tendance à croître - et c'est tant mieux !(2)
     En fait, je suis bien un des seuls professionnels à revendiquer actuellement cette étiquette Z en France. Une exception dans un pays qui n'a pas de véritable tradition de "film de genre" et de film d'exploitation, contrairement à nos voisins italiens.

     Voilà les réflexions d'un spécialiste du cinéma bis soucieux d'apporter sa contribution au débat en clarifiant le concept de "série Z", qu'il serait dommage de dénaturer.

     Bonne continuation.
 
 

signature
Richard J. THOMSON
Producteur
Réalisateur
(1) Cet aspect mercantile du cinéma d'exploitation, et de la série Z en particulier, contribue à faire le charme de ces petites productions tapageuses, parfois loupées mais souvent culottées, perpétuant la tradition "foraine" du cinéma.

(2) Cette confusion explique une anecdote récente qui m'a beaucoup amusé. Un fanzine s'est spécialisé dans un thème bien précis : le Z français ! Curieux de ne pas m'y trouver au sommaire, un de mes jeunes collaborateurs m'a confié que son rédacteur estimait que mes films ne rentraient pas dans la catégorie Z, car je disposais de trop gros moyens et d'une notoriété trop importante ! Ce fanzine, au demeurant fort sympathique et original, possède en réalité un thème sensiblement différent : le film amateur fantastique ou gore...  »
 
 

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