Peux-tu nous parler de ton
dernier bébé, Bloody Flowers ?
C'est un film à mi chemin entre le film d'horreur et le
thriller. Il narre les mésaventures de trois jeunes filles
venues des pays de l'Est pour faire carrière à Paris dans
le mannequinat, mais trés vite le rêve tourne au cauchemar
! Elles vont croiser la route de producteurs de snuff movies...
Tu as déclaré que le film était un mix
d'Hostel et de Twin Peaks...
Oui, le scénario évoque un peu Hostel, mais le ton reste
assez onirique. En écrivant le film j'ai souvent pensé
à l'univers de David Lynch, je me suis un peu inspiré de
Mulholand Drive pour le dénouement... Mais en fait, pendant le
tournage, j'ai un peu réorienté Bloody Flowers. Certaines
scènes me font penser à des films de Brian de Palma des
années 80, ses thrillers teintés de fantastique. C'est un
film à la fois "tendance" (les films gores, notamment les "films
de torture", sont à la mode) et "rétro" par la mise en
scène, l'ambiance, le rythme qui évoque plutot les
années 80. Je ne te cache pas que je suis un grand nostalgique
du cinéma américain des eighties !
Nous avons cru comprendre que tu ne voulais plus tourner de
films avec de tous petits budgets, pourtant c'est bien le cas avec
Bloody Flowers ?
Oui, le budget est du genre microscopique. Après TIME DEMON 2,
j'avais juré de ne plus refaire de films dans ces conditions car
il est toujours déprimant d'être à ce point
limité et bridé par des moyens dérisoires. Mais il
faut dire que je tente, depuis dix ans, de trouver des financements
pour des projets cinéma... en vain ! J'ai fini par craquer, je
n'en pouvais plus de ne pas tourner de fictions. Ces dernières
années, je me suis beaucoup consacré à la presse,
au tournage de reportages... mais le long-métrage me manquait,
et j'ai donc "replongé" ! (rires)
J'ai décidé de tourner Bloody Flowers sur un coup de
tête, en décembre... J'ai écrit en janvier et j'ai
commencé le tournage en février.
Donc, Bloody Flowers est une nouvelle série Z ?
En quelque sorte, oui, si on considère le budget,
inférieur à 100 000 euros. Mais j'ai apporté un
grand soin à l'image (je salue au passage mon chef op' Pierre
Baudais et toute son équipe) donc le film n'aura pas le
même look que mes oeuvres précédentes.
Il y a des chances pour qu'il sorte en salles ?
Non, honnêtement je ne crois pas, car il est trés dur de
trouver un distributeur pour un film aussi fauché. Je
prévois une distribution en DTV (directement en dvd), dans
plusieurs pays (car le film a été tourné en
anglais). Je compte sur la présence au casting d'Amanda LEAR,
qui a fait une excellente prestation.
Amanda LEAR a dû coûter à elle seule la
moitié du budget, non ?
Pas du tout : elle a joué le jeu et n'a demandé qu'une
petite avance sur son cachet, qui a été
négocié en participation. Elle a été
très pro et très cool. D'ailleurs elle a tout de suite
accepté ma proposition, car elle rêvait de tourner un film
d'horreur. Mon seul regret (et le sien) est de ne pas lui avoir
prévu davantage de scènes...
D'autres vedettes au casting ?
Eh non ! Honnêtement, je n'aime pas trop les vedettes dans les
films d'horreur, je ne cours pas après... Si les acteurs sont
connus, le spectateur a des repères, cela dit bien sûr
tout ça dépend du talent du comédien et du metteur
en scène. J'ai quand même voulu mettre quelques
guest-stars dans les rôles de policiers, j'ai d'abord
pensé confier un rôle d'inspecteur à Jean Rollin
(un clin d'oeil pour les fans) mais il a fini par décliner,
jugeant mon film "trop commercial" !! Ensuite, j'ai eu une idée
saugrenue : faire jouer Jacky, du Club Dorothée. Il a une vraie
"gueule"... Mais il était trop cher pour mon budget.
Comment s'est déroulé le tournage ? Il y a
sûrement eu des galères...
Dans tout tournage il y a des galères, même chez Luc
Besson. Mais c'est vrai que lorsqu'on tourne dans le dénuement
total, avec peu de matos, une petite équipe et un temps de
tournage très serré, on en chie forcément ! Nous
avons souvent tourné de nuit, ou de trés bonne heure. Il
y a un décor dont nous pouvions disposer seulement de 6 h
à 11h le matin, donc nous nous donnions rendez-vous à
5h30. Une vraie corvée ! (rires)
Heureusement la plupart des scènes importantes ont
été tournées en studio (au Studio de l'Olivier,
qui appartient à mon ami Yves Boujenah - le frère de
Michel - qui m'a donné un sérieux coup de pouce sur ce
projet).
Les plus grosses galères furent liées aux
comédiens : l'un d'entre eux s'est fâché et a
quitté le film, un autre a eu un grave accident de moto et n'a
pas pu continuer. Au dernier moment, il a fallu réécrire
le scénario, ça a été un vrai coup dur !
Sinon, le fait de tourner en anglais (avec les trois comédiennes
qui ne parlaient pas français !) a été assez
compliqué, vu mon niveau médiocre en cette langue.
Au final, tu es content ?
Il faut attendre la fin du montage, la musique, le mixage, pour le
dire. En tous cas il y a de bons rushes, même si je regrette
d'avoir été dans l'obligation de supprimer quelques
scènes lors du tournage, faute de temps et de moyens.
Qui a financé, au fait ?
J'ai financé à 100 % avec ma société
Jaguarundi Productions, j'en avais assez de courir après les
producteurs, les télés... Le CNC s'est un peu fichu de
moi sur un précédent projet, tout cela est plutôt
déprimant. Après Bloody Flowers, et si le film se vend
bien, j'ai d'autres projets que je devrais produire seul.
On veut du scoop !
Je devrais bientôt produire [EJECT], une parodie du film [REC],
qui sera réalisée par Pierre mon chef opérateur.
J'ai aussi d'autres scénarios que j'aimerais réaliser,
mais je ne sais pas lequel sera mis en chantier. En tous cas je pense
que je réaliserai un autre film en 2009...
Tu peux nous parler de la pub que tu as tourné pour Le
Tour de France ?
En fait il s'agissait d'un sitcom pour le site internet du Tour,
sponsorisé par Vittel. J'ai écrit et
réalisé un programme comique mettant en scène une
fausse équipe cycliste, nous avons tourné tout le mois de
juillet sur la route du Tour. Certains champions ont tenu des petits
rôles, VIrenque, Poulidor.... J'espère refaire ce genre de
programme, d'autant que cela permet de faire entrer un peu d'argent
dans ma société.
Jaguarundi est toujours une agence de presse ?
Oui, en partie, mais nous allons développer nos activités
audiovisuelles au détriment de la presse magazine, qui est un
secteur en crise et moins rentable qu'avant. D'autre part, je ne peux
pas tout faire en même temps...
On préfère que tu fasses des films...
Merci.
Ce qui est incroyable, c'est que tu ne trouves pas de
financement. Tu es le seul réalisateur à ne jamais
toucher aucune aide de l'Etat, ni des producteurs officiels...
Comme tu dis, c'est incroyable. Je pense que cela vient en partie de
moi, je ne sais peut-être pas trouver les mots pour convaincre
les investisseurs. Je ne suis pas un businessman. Il y a aussi un autre
phénomène : quand on regarde qui tourne des films (en
tous cas, qui reçoit pas mal de pognon pour tourner) on
s'aperçoit qu'il s'agit d'un microcosme : les "fils de", les
"cousins de", ceux qui jouent au tennis avec Untel, qui sortent en
boîte avec Machin... Parfois certains ont le même dealer de
coke, alors forcément, ça crée des liens... Moi je
ne suis pas très "people", c'est une corvée d'aller aux
cocktails et j'en paie le prix fort.
Que penses-tu des films d'horreur français ?
J'avoue que je n'ai pas beaucoup de temps pour aller au cinéma.
Je compte aller voir Martyrs, de Pascal Laugier, car on m'en a dit du
bien. J'ai vu, un peu par hasard, le dernier Kassowitz que tout le
monde présentait comme une bouse ; en fait ce n'est pas si mal,
même si c'est loin d'être un chef d'oeuvre... En tous cas,
c'est bien que des français se remettent à aimer le
cinema de genre. Hélas la qualité n'est pas toujours au
rendez-vous.
Quelle sera la date de sortie de Bloody Flowers?
Je t'avoue que je n'en sais rien, je n'ai pas encore signé avec
un éditeur...
En tous cas on souhaite plein succès au film et on
espère que tu en tourneras un autre en 2009, comme promis !
On va tâcher ! (rires)