Voilà plusieurs
mois que tu ne donnes guère de nouvelles ?
Eh bien je travaille. D’une part la gestion de ma
société,
Jaguarundi Productions, me prend un certain temps. D’autre part, j’ai
été
très occupé à l’écriture d’un
scénario
intitulé La Verrue. C’est un long-métrage que j’ai soumis
au
CNC (Centre National du Cinéma) pour obtenir l’avance sur
recettes.
Je vous avais déjà parlé du thème : un
petit
village tombe aux mains d’une secte. Il s’agit d’une comédie
politico-fantastique,
qui tient aussi du western !
Tu espères obtenir des subventions de la part du CNC ?
On ne sait jamais ! C’est vrai que je ne me fais guère
d’illusions,
car jusqu’à présent tous mes projets ont
été
impitoyablement rejetés. Je ne cadre pas vraiment avec ce que le
Ministère
de la Culture a envie de financer. La Verrue adopte un ton très
libre,
à mi-chemin entre John Carpenter et Jean-Pierre Mocky, avec
aussi
quelques clins d’oeil à Terry Gilliam et même David Lynch.
Mais
c’est une oeuvre très personnelle avant tout, assez inclassable.
Toujours du Z ?
Je ne crois pas que l’on puisse parler de Z pour ce projet, mais il
comporte
quand même une bonne dose d’outrance. Il y a du fantastique mais
ce
n’est pas le propos principal.
La Verrue est un film hors norme, que l’on n’a pas l’habitude
de voir sur nos écrans. C’est sûrement la force de ce
projet
mais aussi sa faiblesse. Le cinéma français n’aime pas
prendre
des risques !
Et Time Demon 2 ?
Il est achevé, mais je ne suis pas en mesure de le sortir en DVD
actuellement.
Peut-être à la rentrée. Quelques projections auront
lieu
en juin, à l’intention de l’équipe technique et des
comédiens,
notamment à Avignon où le film a été
tourné,
et à Paris.
Malheureusement, un tel film a peu d’espoir de bénéficier
d’une distribution normale. Il risque donc d’être diffusé
de
manière assez confidentielle. En revanche, je vais le proposer
aux
télés câblées.
On attend aussi les ressorties DVD de tes anciens films...
Tout cela coûte cher et je t’avoue que je ne dispose pas d’une
trésorerie
suffisante, d’autant que j’ai beaucoup investi ces derniers temps. Par
ailleurs,
je suis en procès avec mon ancien éditeur vidéo,
qui
détient illégalement plusieurs de mes films, notamment
Terror
of Prehistoric Bloody Creatures from Space.
Que peux tu dire sur 24 H ALIVE ?
C’est le pilote d’une émission de Real-TV trash et parodique,
que
j’ai tourné il y a quelques mois. Je compte plutôt vendre
ce
film à l’étranger.
Tu es donc très occupé ?
Oui, mais hélas je me suis consacré à bien des
projets
qui n’ont jamais vu le jour, faute de financement ou de soutien de la
télévision.
Un constat amer s’impose à moi, dix ans après la sortie
de
mon premier long métrage en vidéo : il est impossible
dans
notre pays de produire des films en marge du « système
».
D’une part la télé et le CNC sont des partenaires
incontournables,
qu’on le veuille ou non. D’autre part, le marché français
est
trop petit pour qu’un indépendant puisse espérer
rentabiliser
un film en le diffusant de manière « artisanale »
(genre
vente par correspondance ou magasins spécialisés). J’ai
dépensé
beaucoup de sueur, de temps et d’argent à tenter l’impossible,
durant
plus de dix ans, mais il faut être lucide : si je veux pouvoir
continuer
à faire des films, il me faut l’aide de partenaires «
officiels
». Ou alors, il faut que je parte aux USA.
Comment expliques-tu que les décideurs du cinéma
hexagonal aient si souvent rejeté tes projets ?
D’abord, c’est un milieu très fermé, qui
se protège énormément. Ces gens disposent d’une
vraie
manne financière et ne sont pas très enclins à
partager
! Ils préfèrent (et c’est humain) donner un coup de mains
à
leurs parents ou amis plutôt que financer le film d’un «
inconnu
». Beaucoup de producteurs m’ont considéré comme un
intrus.
Quant aux réalisateurs qui auraient pu m’aider, ils m’ont vu
comme
un dangereux rival potentiel (je ne citerai pas de nom) et m’ont
plutôt
mis des bâtons dans les roues. Par ailleurs, je cumule les
handicaps
car j’affiche un intérêt pour le cinéma de genre,
qui
est méprisé en France. D’autant que les médias
m’ont
collé l’étiquette Z, en parlant du « Ed Wood
français
». Résultat j’ai été tenu à
l’écart
!
Tu nous préviendras si tu pars aux USA ?
Rassure-toi, mon exil n’est pas encore à l’ordre du jour. Et
puis,
pour fuir aux USA, il faudrait que je perfectionne drôlement mon
anglais
!
(rires)