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Interview exclusive de RJT pour rjthomson.com

Mai 2004


RJTVoilà plusieurs mois que tu ne donnes guère de nouvelles ?

Eh bien je travaille. D’une part la gestion de ma société, Jaguarundi Productions, me prend un certain temps. D’autre part, j’ai été très occupé à l’écriture d’un scénario intitulé La Verrue. C’est un long-métrage que j’ai soumis au CNC (Centre National du Cinéma) pour obtenir l’avance sur recettes. Je vous avais déjà parlé du thème : un petit village tombe aux mains d’une secte. Il s’agit d’une comédie politico-fantastique, qui tient aussi du western !

Tu espères obtenir des subventions de la part du CNC ?

On ne sait jamais ! C’est vrai que je ne me fais guère d’illusions, car jusqu’à présent tous mes projets ont été impitoyablement rejetés. Je ne cadre pas vraiment avec ce que le Ministère de la Culture a envie de financer. La Verrue adopte un ton très libre, à mi-chemin entre John Carpenter et Jean-Pierre Mocky, avec aussi quelques clins d’oeil à Terry Gilliam et même David Lynch. Mais c’est une oeuvre très personnelle avant tout, assez inclassable.

Toujours du Z ?

Je ne crois pas que l’on puisse parler de Z pour ce projet, mais il comporte quand même une bonne dose d’outrance. Il y a du fantastique mais ce n’est pas le propos principal.
La Verrue est un film hors norme, que l’on n’a pas l’habitude de voir sur nos écrans. C’est sûrement la force de ce projet mais aussi sa faiblesse. Le cinéma français n’aime pas prendre des risques !

Et Time Demon 2 ?

Il est achevé, mais je ne suis pas en mesure de le sortir en DVD actuellement. Peut-être à la rentrée. Quelques projections auront lieu en juin, à l’intention de l’équipe technique et des comédiens, notamment à Avignon où le film a été tourné, et à Paris.
Malheureusement, un tel film a peu d’espoir de bénéficier d’une distribution normale. Il risque donc d’être diffusé de manière assez confidentielle. En revanche, je vais le proposer aux télés câblées.

On attend aussi les ressorties DVD de tes anciens films...

Tout cela coûte cher et je t’avoue que je ne dispose pas d’une trésorerie suffisante, d’autant que j’ai beaucoup investi ces derniers temps. Par ailleurs, je suis en procès avec mon ancien éditeur vidéo, qui détient illégalement plusieurs de mes films, notamment Terror of Prehistoric Bloody Creatures from Space.

Que peux tu dire sur 24 H ALIVE ?

C’est le pilote d’une émission de Real-TV trash et parodique, que j’ai tourné il y a quelques mois. Je compte plutôt vendre ce film à l’étranger.

Tu es donc très occupé ?

Oui, mais hélas je me suis consacré à bien des projets qui n’ont jamais vu le jour, faute de financement ou de soutien de la télévision. Un constat amer s’impose à moi, dix ans après la sortie de mon premier long métrage en vidéo : il est impossible dans notre pays de produire des films en marge du « système ». D’une part la télé et le CNC sont des partenaires incontournables, qu’on le veuille ou non. D’autre part, le marché français est trop petit pour qu’un indépendant puisse espérer rentabiliser un film en le diffusant de manière « artisanale » (genre vente par correspondance ou magasins spécialisés). J’ai dépensé beaucoup de sueur, de temps et d’argent à tenter l’impossible, durant plus de dix ans, mais il faut être lucide : si je veux pouvoir continuer à faire des films, il me faut l’aide de partenaires « officiels ». Ou alors, il faut que je parte aux USA.

Comment expliques-tu que les décideurs du cinéma hexagonal aient si souvent rejeté tes projets ?

D’abord, c’est un milieu très fermé, qui se protège énormément. Ces gens disposent d’une vraie manne financière et ne sont pas très enclins à partager ! Ils préfèrent (et c’est humain) donner un coup de mains à leurs parents ou amis plutôt que financer le film d’un « inconnu ». Beaucoup de producteurs m’ont considéré comme un intrus. Quant aux réalisateurs qui auraient pu m’aider, ils m’ont vu comme un dangereux rival potentiel (je ne citerai pas de nom) et m’ont plutôt mis des bâtons dans les roues. Par ailleurs, je cumule les handicaps car j’affiche un intérêt pour le cinéma de genre, qui est méprisé en France. D’autant que les médias m’ont collé l’étiquette Z, en parlant du « Ed Wood français ». Résultat j’ai été tenu à l’écart !

Tu nous préviendras si tu pars aux USA ?

Rassure-toi, mon exil n’est pas encore à l’ordre du jour. Et puis, pour fuir aux USA, il faudrait que je perfectionne drôlement mon anglais ! (rires)


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