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Interview exclusive de RJT pour rjthomson.com
Juillet 2003
Richard J. Thomson, tu n'es pas à Cannes ?
Je me demande ce que j'irais y faire ! Je n'ai jamais mis les pieds au festival
de Cannes, je ne me sens pas réellement concerné par cette
grande fête du cinéma, même si je me félicite de
son succès international. Ca fait des années que j'essaie de
produire des films pour le grand écran sans succès. Je ne me
sens pas faire partie de cette "famille" de VIP, le strass et les paillettes
de Cannes sont aux antipodes de mon quotidien de cinéaste. Je me vois
davantage comme un artisan du cinéma, un peu à l'ancienne manière.
C'est peut-être pour ça que ce milieu très fermé
me rejette depuis des années. De toute façon, je ne fais pas
des films pour m'essuyer les pompes sur un tapis rouge !
Tourner pour le cinéma, c'est toujours ton objectif ?
Oui, bien sûr, j'aimerais pouvoir sortir un film en salle. Jusqu'à présent
je n'ai tourné mes longs métrages en video que par manque de
budget. J'ai de nombreux scénarios qui me tiennent à coeur,
que j'aimerais tourner sur pellicule. Le 35 mm possède une magie que la vidéo,
même numérique, n'a pas encore. Il faut tenir compte aussi d'un
aspect commercial : un film sorti au cinéma a un impact bien plus
grand qu'un simple téléfilm. Cela dit, j'ai appris à me contenter du support vidéo. La nature
du support m'a toujours paru secondaire par rapport à ce qui fait
la vraie force d'un film : le scénario, les dialogues, les acteurs,
la mise en scène...
Quel est ton regard sur la production actuelle ?
En tant que spectateur, j'aime des choses très variées. La
production française est assez riche, il y en a pour (presque) tous
les goûts et c'est une bonne chose. En revanche, en tant que réalisateur,
je suis forcé de constater que le milieu du cinéma est toujours très
fermé. Il est quasiment impossible de se faire produire son film si
on n'est pas le fils d'Untel ou le frère de Truc. C'est pour cela
que la démocratisation de la vidéo me paraît très positive
: pour un budget modeste, un jeune auteur doit pouvoir réaliser son
film sans devoir ramper devant les "professionnels de la profession" parisiens
installés depuis des décennies. J'ai été le premier à avoir cette démarche dans
les années 90, produire et réaliser des films en dehors des circuits
traditionnels. Aujourd'hui, avec le numérique, on peut faire
des films très aboutis techniquement...
Tu n'as pas souffert de cette marginalité ?
Bien sûr ça n'a pas été facile, dans les années
90 j'utilisais le format vidéo Hi8, qui était loin de présenter
les mêmes qualités que le DV numérique actuel, mais le
principal problème demeure la distribution, la diffusion de ces oeuvres.
Une fois qu'on a tourné son film, on a envie qu'il trouve son public,
et là c'est une autre paire de manches lorsqu'on n'est pas soutenu
par l'industrie parisienne. Pour ma part, j'ai longtemps diffusé mes
films en cassettes VHS vendues par correspondance ou dans des magasins spécialisés.
L'arrivée du DVD, et l'abandon progressif du VHS, me pose d'ailleurs
un problème pour la sortie de Time Demon 2 : l'élaboration
d'un DVD coûte cher ! Mais cela devient incontournable... Quand aux
ventes aux télévisions, elles sont très aléatoires,
surtout lorsque l'on produit des films en décalage avec le reste de
la production.
Dans les années 90 tu as été l'un des rares Français
à tourner des films de genre (fantastique, horreur...) avant que cela
ne revienne à la mode.
C'est vrai, à l'époque j'étais un peu seul à
défendre en France le cinéma de genre. Parce qu'elles étaient
fauchées, on a étiqueté mes productions "série
Z". C'était pour la plupart des comédies parodiques, mais qui
rendaient un réel hommage au genre fantastique. Cela m'a valu d'être
tenu à l'écart des cercles du cinéma traditionnel, où
l'on n'aime pas beaucoup les films de genre à l'anglo-saxonne. Depuis
quelques années pourtant, avec des cinéastes comme Christophe
Gans, le film de genre a refait surface dans la production hexagonale. Je
m'en félicite car je crois qu'un cinéaste peut se montrer trés
créatif tout en s'insérant dans un genre donné et en
respectant certaines règles. Les Français -notamment les critiques-
ont trop longtemps considéré que le respect d'un genre équivalait
à un manque d'inspiration. Ce qui est absurde ! On reconnaît
les grands cinéastes à ce qu'ils sont capables de transcender
le genre dans lequel ils s'inscrivent, comme Brian De Palma, ou John Carpenter.
Tu comptes te spécialiser dans le genre fantastique ?
Mes films ont toujours été des mélanges, des cocktails
d'ingrédients explosifs : de l'humour, de l'action, du gore, du sexy
- le tout au vingt-cinquième degré. Sans argent, je savais
bien que je ne pouvais pas faire des miracles, je me suis donc efforcé
de privilégier les dialogues, le comique de situation, les personnages...
Je voulais que le spectateur se marre à la vision de mes films. Bien-sûr,
on peut toujours leur reprocher leurs "défauts de fabrication", mais
quand on ne dispose que de cinquante milles francs sur un long métrage,
il est difficile d'atteindre la perfection !! Aujourd'hui, j'ai des projets
assez personnels, avec un ton peut-être moins directement parodique,
mais toujours aussi délirant. Des histoires ancrées dans la
réalité, mais qui dérapent vite vers l'irrationnel et
l'absurde. Ce ne seront pas forcément des séries Z mais je
crois que ces films seront très originaux et ne ressembleront à
rien de connu (rire). Encore faudrait-il que je trouve les moyens fianciers
de les réaliser !
Quel accueil recois-tu auprès des producteurs ?
Ils me prennent pour un fou dangereux ! (rire) Peut-être que
je suis un peu trop en avance, ou alors ce sont eux qui retardent méchamment.
La difficulté que j'éprouve à obtenir des soutiens
est bien la preuve du manque de professionalisme des producteurs français
actuels. Etre venu à bout du tournage de sept longs métrages
dans des conditions on ne peut plus précaires témoigne
de mes capacités professionnelles et devrait, en toute logique, rassurer
un producteur digne de ce nom. En fait, je crois qu'ils sont effrayés
et déstabilisés par l'originalité de mon parcours et de mes
projets.
Il y a pourtant des centaines de maisons de production...
Oui, mais c'est un cercle très fermé, qui s'autoproduit
à longueur de journée. Le père de Dupont finance le
film du fils de Durand, et il est difficile de s'insérer dans ce schéma.
Je suis un peu dans la même position que Jean-Pierre Mocky, qui est
obligé de s'autofinancer dans son coin. J'en profite pour lui tirer
mon chapeau pour toute la passion qu'il met dans son travail et la verve dont
il fait preuve. Les seuls à m'avoir soutenu jusqu'à présent
ce sont mes copains du magazines Mad Movies, et notamment son fondateur Jean-Pierre
Putters, qui a coproduit plusieurs de mes films (Richard J. Thomson est photographié
aux côtés de JPP dans le dernier numéro du magazine).
Sur quoi travailles-tu actuellement ?
Je termine la musique de Time Demon 2, la post production de ce film a été
une vraie catastrophe : voilà un an et demi que le montage est en
cours, car sans argent j'ai eu toutes les peines du monde à trouver
une salle de montage. J'espère qu'il sera achevé cet été,
et qu'une chaîne du câble le diffusera. Par ailleurs, j'achève
le montage d'un documentaire sur Cindy Lee, la strip-teaseuse entrée
en politique. Caméra au poing, je l'ai suivie pendant un an, des élections
municipales de 2001 jusqu'aux présidentielles. Et puis, j'écris
le scénario de mon prochain film, qui traitera du problème
des cobayes et de l'expérimentation médicale. Une comédie
très noires qui basse plusieurs influences : Terry Gilliam, les frères
Cohen, et même Jean-Pierre Mocky.
On murmure que tu as mis ta plume au service de différents magazines masculins.
C'est vrai, j'avoue ! La vie d'un réalistaur marginal n'est pas toujours
rose, alors pour arrondir mes fins de mois, il m'arrive d'écrire pour
différents magazines, comme l'Echo des Savanes ou Newlook... C'est
amusant, mais je prends ça comme un job alimentaire, rien de plus.
En attendant que ma carrière cinématographique ne décolle
réellement.
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