Comment définis-tu une "série Z" ?
C'est un concept très anglo-saxon,
une extension de la série B : encore plus fauché ! Ce genre
qui existe depuis les années cinquante et que l'on appelait cinéma-bis
ou cinéma d'exploitation, a connu un nouvel essor il y a vingt ans
avec la vidéo. Dans le pire des cas, un film de série Z est
un affreux navet, réalisé par un obscur tâcheron dans
un but strictement mercantile, plagiant souvent des succès du box-office.
Dans le meilleur, il peut s'agir d'un film de "fan" désargenté
prêt à tout pour tourner. J'espère appartenir à
cette dernière catégorie.
Tu comptes tourner
dans ces conditions toute ta vie ?
J'espère bien bénéficier
de moyens plus conséquents pour les films à venir. Je me
suis lancé dans la production de ces films vidéo car je n'avais
pas envie de patienter quinze ans avant de réaliser mon premier
film, je souhaitais tourner tout de suite. Je suis un amateur des "films
de genre" américains, notamment des films fantastiques, j'ai pensé
que je pouvais faire vivre l'esprit de la "série Z" dans notre beau
pays, et que cela constituerait une sorte de tremplin... D'autant que le
manque de moyens est très formateur, il oblige à être
inventif ! Je suis pourtant conscient du risque de passer pour un hurluberlu,
c'est pourquoi je soigne ma mise en scène. Je tiens également
à souligner le caractère parodique de mes films, j'assume
totalement leur statut de "séries Z", qui pourrait bien d'ailleurs
devenir celui de "films cultes"...
Tu tournes actuellement
TERROR OF PREHlSTORIC BLOODY CREATURES FROM SPACE, une production à
base de dinosaures... Tu espères concurrencer Spielberg ?
Bien sûr, avec un bon lancement
! Non, si je me suis décidé à tourner cette parodie
des films d'horreur américains des années soixante avec ce
titre à rallonge, c'est pour m'inscrire dans la tradition de ces
films "d'exploitation". J'y ai mis les ingrédients habituels à
toute bonne série Z : du fantastique, certes, mais aussi du gore,
beaucoup d'humour noir et de dérision, sans oublier une touche sexy
qui ajoute un charme certain à ce type de production...
Le casting est assez
hétéroclite...
J'ai fait tourner des acteurs que je
connaisais déjà pour la plupart, des vétérans
de mes autres productions, du moins ceux qui ont survécus... On
y retrouve de nombreux fans de fantastique, une avocate, des potes de Mad
Movies, le chanteur Edouardo Pisani dans le rôle de Dino, l'assistant
du professeur Jules Rassic, Elodie Chérie, ainsi que Coralie...
Pourquoi des hardeuses
dans chacune de tes productions ? Tu es un fan de video X ?
J'aime mélanger les genres,
tourner avec des personnes venues d'horizons différents... A film
hors normes, casting peu ordinaire, c'est une vieille maxime thomsonienne
! D'autant que Coralie est une fan de films fantastiques et qu'on voulait
depuis longtemps travailler ensemble. Quant à Elodie, elle interprétait
déjà la grande prêtresse de Time Demon, mon
film précédent. Grâce à la présence de
ces actrices, je peux me permettre des scènes un peu osées,
du topless. Et puis, un tel casting attire les journalistes, c'est bon
pour la promo du film...
Que vient faire Edouardo
Pisani dans tout ça ?
C'est la "guest-star" du film ! Il
interprète le rôle d'un scientifique amateur de chansons,
qui, grâce à sa belle voix, réussit à apprivoiser
un dinosaure furieux en lui chantant des berceuses. Une scène pareille,
vous ne la trouverez nulle part ailleurs, pas même chez Spielberg
!
Comment se passent
tes tournages ?
C'est un enfer, on manque de tout,
les techniciens en sont réduits à manger du sable et des
cailloux, et les acteurs dorment à cinq sur la même paillasse
! Sérieusement, c'est vrai que nous tournons dans des conditions
précaires, avec du matériel qui n'est pas top, mais enfin,
on se débrouille avec de l'huile de coude ! Je sais ce qui marche,
les effets qui fonctionnent avec trois francs, et aussi ceux qu'il ne faut
même pas tenter sous peine d'échec. Blaise Michel R. concocte
des effets gore bon marché, le reste est affaire d'interprétation
des acteurs et de montage.
Dans tes films, on
trouve du gore, un peu de sexe, de l'humour noir... Tu as envie de choquer
par tous les moyens ?
Je taquine le public, j'essaie de lui
ménager des surprises, provoquer des émotions, de la peur,
du rire... mais je ne cherche pas vraiment à choquer. Mes scènes
gore comportent toujours une bonne dose de second degré qui désamorce
l'horreur de la situation. Je ne suis pas de ceux qui ne pensent qu'à
faire vomir le spectateur, comme certains réalisateurs trash...
J'ai été stupéfait d'apprendre que le CSA avait enregistré
des plaintes suite à la diffusion de Time Demon sur une chaîne
câblée. Des personnes ont été choquées
par une scène violente où on apercevait un drapeau nazi.
En fait, les SS sont les méchants du film, comme dans Indiana
Jones ou La Grande Vadrouille, il n'y a aucune ambiguité
!
Tes films comportent
souvent quelques allusions à l'actualité ou à la politique...
Oui, je m'autorise quelques fantaisies,
c'est l'avantage de la "série Z". Je fais ce qui me plaît,
et ça fait un bien fou ! Si j'ai envie d'appeler un personnage de
scout hystérique et catholique intégriste "de Villiers",
comme sur le film que je tourne actuellemnt, personne ne viendra me dissuader.
Je suis seul maître à bord, c'est assez jouissif ! Si je peux
profiter d'une scène pour égratigner Debré ou Le Pen,
en passant par des guignols comme Sulitzer ou Lalonde, pourquoi m'en priver
? Une seule chose m'angoisse : il y a tellement de cons qu'il va bien me
falloir une centaine de films pour les citer tous !
Richard J. Thomson
ferait des films engagés... Qui l'eut crû ?
Attention, je ne m'appelle pas Costa-Gavras
pour autant ! De manière générale, je suis en guerre
contre tous ceux qui ont l'esprit étroit, qui sont intolérants,
racistes, méchants ou tout ça à la fois.
Quel est le meilleur
film que tu as vu récemment ?
Le premier qui me vient à l'esprit,
même s'il n'est pas très récent : "Ed Wood",
de Tim Burton. Une pure merveille !