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Interview de RJT dans le magazine Généreux

Décembre 1997

Comment définis-tu une "série Z" ?

C'est un concept très anglo-saxon, une extension de la série B : encore plus fauché ! Ce genre qui existe depuis les années cinquante et que l'on appelait cinéma-bis ou cinéma d'exploitation, a connu un nouvel essor il y a vingt ans avec la vidéo. Dans le pire des cas, un film de série Z est un affreux navet, réalisé par un obscur tâcheron dans un but strictement mercantile, plagiant souvent des succès du box-office. Dans le meilleur, il peut s'agir d'un film de "fan" désargenté prêt à tout pour tourner. J'espère appartenir à cette dernière catégorie.

Tu comptes tourner dans ces conditions toute ta vie ?

J'espère bien bénéficier de moyens plus conséquents pour les films à venir. Je me suis lancé dans la production de ces films vidéo car je n'avais pas envie de patienter quinze ans avant de réaliser mon premier film, je souhaitais tourner tout de suite. Je suis un amateur des "films de genre" américains, notamment des films fantastiques, j'ai pensé que je pouvais faire vivre l'esprit de la "série Z" dans notre beau pays, et que cela constituerait une sorte de tremplin... D'autant que le manque de moyens est très formateur, il oblige à être inventif ! Je suis pourtant conscient du risque de passer pour un hurluberlu, c'est pourquoi je soigne ma mise en scène. Je tiens également à souligner le caractère parodique de mes films, j'assume totalement leur statut de "séries Z", qui pourrait bien d'ailleurs devenir celui de "films cultes"...

Tu tournes actuellement TERROR OF PREHlSTORIC BLOODY CREATURES FROM SPACE, une production à base de dinosaures... Tu espères concurrencer Spielberg ?

Bien sûr, avec un bon lancement ! Non, si je me suis décidé à tourner cette parodie des films d'horreur américains des années soixante avec ce titre à rallonge, c'est pour m'inscrire dans la tradition de ces films "d'exploitation". J'y ai mis les ingrédients habituels à toute bonne série Z : du fantastique, certes, mais aussi du gore, beaucoup d'humour noir et de dérision, sans oublier une touche sexy qui ajoute un charme certain à ce type de production...

Le casting est assez hétéroclite...

J'ai fait tourner des acteurs que je connaisais déjà pour la plupart, des vétérans de mes autres productions, du moins ceux qui ont survécus... On y retrouve de nombreux fans de fantastique, une avocate, des potes de Mad Movies, le chanteur Edouardo Pisani dans le rôle de Dino, l'assistant du professeur Jules Rassic, Elodie Chérie, ainsi que Coralie...

Pourquoi des hardeuses dans chacune de tes productions ? Tu es un fan de video X ?

J'aime mélanger les genres, tourner avec des personnes venues d'horizons différents... A film hors normes, casting peu ordinaire, c'est une vieille maxime thomsonienne ! D'autant que Coralie est une fan de films fantastiques et qu'on voulait depuis longtemps travailler ensemble. Quant à Elodie, elle interprétait déjà la grande prêtresse de Time Demon, mon film précédent. Grâce à la présence de ces actrices, je peux me permettre des scènes un peu osées, du topless. Et puis, un tel casting attire les journalistes, c'est bon pour la promo du film...

Que vient faire Edouardo Pisani dans tout ça ?

C'est la "guest-star" du film ! Il interprète le rôle d'un scientifique amateur de chansons, qui, grâce à sa belle voix, réussit à apprivoiser un dinosaure furieux en lui chantant des berceuses. Une scène pareille, vous ne la trouverez nulle part ailleurs, pas même chez Spielberg !

Comment se passent tes tournages ?

C'est un enfer, on manque de tout, les techniciens en sont réduits à manger du sable et des cailloux, et les acteurs dorment à cinq sur la même paillasse ! Sérieusement, c'est vrai que nous tournons dans des conditions précaires, avec du matériel qui n'est pas top, mais enfin, on se débrouille avec de l'huile de coude ! Je sais ce qui marche, les effets qui fonctionnent avec trois francs, et aussi ceux qu'il ne faut même pas tenter sous peine d'échec. Blaise Michel R. concocte des effets gore bon marché, le reste est affaire d'interprétation des acteurs et de montage.

Dans tes films, on trouve du gore, un peu de sexe, de l'humour noir... Tu as envie de choquer par tous les moyens ?

Je taquine le public, j'essaie de lui ménager des surprises, provoquer des émotions, de la peur, du rire... mais je ne cherche pas vraiment à choquer. Mes scènes gore comportent toujours une bonne dose de second degré qui désamorce l'horreur de la situation. Je ne suis pas de ceux qui ne pensent qu'à faire vomir le spectateur, comme certains réalisateurs trash... J'ai été stupéfait d'apprendre que le CSA avait enregistré des plaintes suite à la diffusion de Time Demon sur une chaîne câblée. Des personnes ont été choquées par une scène violente où on apercevait un drapeau nazi. En fait, les SS sont les méchants du film, comme dans Indiana Jones ou La Grande Vadrouille, il n'y a aucune ambiguité !

Tes films comportent souvent quelques allusions à l'actualité ou à la politique...

Oui, je m'autorise quelques fantaisies, c'est l'avantage de la "série Z". Je fais ce qui me plaît, et ça fait un bien fou ! Si j'ai envie d'appeler un personnage de scout hystérique et catholique intégriste "de Villiers", comme sur le film que je tourne actuellemnt, personne ne viendra me dissuader. Je suis seul maître à bord, c'est assez jouissif ! Si je peux profiter d'une scène pour égratigner Debré ou Le Pen, en passant par des guignols comme Sulitzer ou Lalonde, pourquoi m'en priver ? Une seule chose m'angoisse : il y a tellement de cons qu'il va bien me falloir une centaine de films pour les citer tous !

Richard J. Thomson ferait des films engagés... Qui l'eut crû ?

Attention, je ne m'appelle pas Costa-Gavras pour autant ! De manière générale, je suis en guerre contre tous ceux qui ont l'esprit étroit, qui sont intolérants, racistes, méchants ou tout ça à la fois.

Quel est le meilleur film que tu as vu récemment ?

Le premier qui me vient à l'esprit, même s'il n'est pas très récent : "Ed Wood", de Tim Burton. Une pure merveille !


Propos recueillis par Jean-Christophe Florentin
et parus dans le magazine Généreux
(n°24 - Décembre 1997).



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