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Interview de RJT dans le fanzine Vidéotopsie

Janvier 1996

"Richard J. Thomson", c'est un pseudo je suppose ; est-ce pour délirer, se faire mieux vendre ou parce que vous n'aimez pas votre vrai nom ?

Si j'ai pris un pseudonyme, c'est d'une part pour être en adéquation avec le genre de films que je fais, inspirés -grosso modo- de la production anglo-saxonne ; et d'autre part dans un souci "commercial", pour inspirer confiance aux clients des vidéo-clubs. Machiavélique, n'est-ce pas ? (Rires). Mais je ne cherche pas du tout à cacher mon véritable nom, je n'ai absolument pas honte de mes films. Lorsque je réalise des films d'un autre genre (documentaires, films "institutionnels"), je signe sous mon vrai nom.

Racontez-nous un peu votre parcours ; comment en êtes-vous arrivé à la réalisation ?

J'ai débuté par le super 8, comme beaucoup de gens, dès l'âge de 9 ans. A l'époque, je réalisais des courts-métrages avec mon frère et des copains. J'ai également beaucoup "recruté" au sein de ma famille, car certains de mes oncles et tantes étaient dans le spectacle. Mon père a également été mis à contribution, et figurait dans presque tous mes films. Puis le métrage de ces films a commencé à rallonger, j'ai tourné des moyens-métrages, des comédies fantastiques.
Sur le plan scolaire, j'ai passé un bac littéraire avec option cinéma, et c'est à cette occasion que je me suis familiarisé avec la vidéo. Puis j'ai fait une école de cinéma qui m'a permis de faire beaucoup d'"institutionnel", et enfin une licence de cinéma en faculté. J'ai abandonné le super 8 pour la vidéo vers 1990, car le super 8 était difficile à sonoriser, et assez coûteux également. En 1989, j'ai réalisé un court-métrage en 16 mm, La Montagne Bleue, un documentaire de 6 mn : c'est pour l'instant ma seule expérience dans ce format, et malheureusement, je n'ai encore jamais eu l'occasion de tourner en 35 mm.
Autrement, mon premier film long-métrage fut Night of Vampyrmania (1993), encore qu'il s'agisse d'un film à sketches. Ce format est de toute façon obligatoire à partir du moment où on envisage une distribution du film. Les miens font en général 1 heure 20, ce qui me convient bien : assez long pour raconter une histoire avec de nombreux personnages et rebondissements, et pas suffisamment long pour trop se répéter et faire piétiner l'action. D'autant que je suis très limité par les moyens, ce qui m'interdit certains types de scènes, trop coûteuses... Dans ce cas, mieux vaut être concis et efficace, et ne pas "voir trop grand" dans son scénario !

Votre genre de prédilection est sans conteste le fantastique...

Ce qui me plaît dans le fantastique, c'est que le genre est tellement varié et vaste qu'il y en a forcément pour tous les goûts. On peut passer sa vie à faire du fantastique et ne jamais aborder les mêmes thèmes ! Pour ma part, je suis autant intéressé par la science-fiction que par l'épouvante ou encore l'heroïc-fantasy. Avec une préférence pour les films lisibles à des degrés différents. Je veille à ce que les miens puissent être suivis au premier degré (cohérence de l'action, des personnages), mais aussi -et surtout !- au deuxième degré, car je détourne beaucoup d'idées "piquées" à des classiques du genre. J'adore justement jouer sur les clichés, travailler sur les stéréotypes... Et j'aime désamorcer certaines scènes "sérieuses", voire tragiques, par des scènes de comédie venant juste après ; rien ne vaut un tel voisinage pour que le spectateur ne dorme pas trop, qu'il soit réellement surpris tout au long du film.
Et puis si j'ai souvent tourné des comédies fantastiques, c'est que je suis naturellement porté vers l'humour. Je ne peux pas m'empêcher, même en cours de tournage, de rajouter des gags qui n'étaient pas prévus dans le scénario ! On me le reproche parfois car ça peut sembler mal à propos, mais c'est comme ça ! Dès que j 'ai l'idée d'une réplique savoureuse, je la colle dans le dialogue à la dernière minute, et parfois le résultat est très bon... à mon goût ! Il faut dire que je suis totalement libre sur mes tournages, il n'y a pas de pressions économiques qui pèsent sur moi ; je peux tout me permettre, dans la limite de mes moyens techniques et budgétaires bien entendu. Justement, ce qui est formidable avec l'humour, c'est qu'il n'y a pas besoin de mettre des millions pour qu'un gag soit drôle : il suffit d'un bon acteur ! Finalement, l'humour est un moyen économique pour réussir un film !
Cela dit, j 'ai déjà tourné des scènes réellement effrayantes, car j'affectionne aussi l'horreur pure. J'ai écrit l'année dernière un scénario assez premier degré, un film d'horreur un peu inspiré de Prince des Ténèbres (J. Carpenter) et des films Z italiens ; mais en définitive, j'ai décidé avec Mad Movies de tourner Time Demon à la place. En fait, une autre chose fondamentale qui me plaît dans le fantastique, c'est que c'est peut-être le genre qui me permet le mieux de raconter des histoires. Avec le fantastique, on doit forcément faire appel à son imagination. En empruntant des éléments à la réalité, on doit être capable de transfigurer ce monde réel, y faire surgir de la magie, du surnaturel. Toutes les combinaisons sont possibles dans ce genre si riche (et pourtant boudé par les professionnels français) ; c'est une question de dosage et d'inventivité. Tout l'art du fantastique réside en la confrontation d'éléments appartenant à des registres différents, voire contradictoires, et c'est une source exceptionnelle de trouvailles pour des scénaristes inspirés. Quant à moi, j'emprunte à beaucoup de films, je cite énormément d'auteurs, sans jamais les plagier... Et j'ajoute quelques fantasmes personnels.

Parlons de votre dernier-né, Time Demon :  toujours le même esprit série Z, avec action, horreur et humour ?

Avec Jean-Pierre PUTTERS, Damien GRANGER et Blaise Michel R., qui se sont associés à moi pour produire Time Demon, nous avons voulu faire de ce film un "sommet" du Z, la quintessence de ce "genre" (difficile à définir précisément d'ailleurs) en mêlant action, horreur, humour, fantastique et sexe. Un cocktail détonnant ! L'histoire raconte qu'Hitler, toujours vivant, veut à nouveau conquérir le monde, aidé par une secte de femmes diaboliques et sadiques qui ont établi leur QG dans une vaste usine désaffectée. Il se servira aussi d'une machine à remonter le temps... Pour le reste, vous le découvrirez dans quelques mois. C'est une coproduction AJC Vidéo / Mad Movies, au budget microscopique, mais qui devrait bénéficier d'une assez bonne couverture médiatique.

Comment s'est déroulé le tournage ?

Ca n'a pas exactement été une partie de plaisir, du fait de conditions très précaires, même s'il y a eu de bons moments. Disons que le tournage a pris énormément de retard pour des raisons très diverses (météo, disponibilité des acteurs...), ce qui a d'ailleurs entraîné un dépassement de budget. L'équipe était réduite et, chose rare, j'ai presque entièrement cadré le film moi-même. La majeure partie du tournage a eu lieu en banlieue parisienne dans une ancienne sucrerie Beghin-Say, qui vient d'être rasée pour permettre la construction d'une gare RER. L'inconvénient était bien sûr la distance pour s'y rendre avec l'équipe, ainsi que la saleté des lieux. Nous n'avions pas d'eau courante, ce qui n'était pas idéal pour le démaquillage des acteurs. Nous avions éalement peu de véhicules, et d'une manière générale, il n'y avait aucun confort sur le tournage. L'inexpérience de certains collaborateurs, ainsi que la mauvaise organisation liée au manque de moyens, nous a parfois fait perdre du temps, mais l'ambiance a été bonne. Il y a vraiment eu très peu de tension entre nous, ce qui est rare dans une équipe. En revanche, les journées étaient harrassantes. Je tire un coup de chapeau particulier à Laurent DALLIAS, l'interprête du rôle principal (déjà vedette de Roboflash Warrior) qui s'est investi à fond dans le projet, et dont l'apport au film a été considérable. Je suis très reconnaissant aussi à tous les acteurs et collaborateurs -bénévoles, je le rappelle- qui ont donné de leur temps et de leur énergie pour Time Demon.

Tourner en vidéo doit être frustrant à la fin ; est-ce que cela vous paralyse artistiquement parlant ?

Comme je l'ai dit, la vidéo s'est imposé à moi pour des raisons économiques et pratiques. Il est certain que je préfère travailler en pellicule, mais cela augmente les coûts. Cela dit, mon prochain long-métrage risque d'être tourné en 16 mm et monté en Béta. Ce serait déjà un progrès. Evidemment, mon but est d'arriver un jour à tourner en 35 mm, seul format qui permet réellement de s'exprimer sur le plan artistique selon moi. La vidéo "banalise" l'image et lui enlève du mystère, elle l'applanit. Cela rappelle tout de suite les reportages T.V. ou pire, les films de vacances ! Un jour, un gérant de vidéo-club m'a raconté qu'il avait passé un de mes films dans son magasin et que les clients s'attendaient à voir des scènes pornos, parce que la qualité d'image les avait persuadés qu'il s'agissait d'un film X ! C'est un peu déprimant !

Qu'est-ce qui vous a coûté le plus pour Time Demon ? Les SFX ?

Non, ce ne sont pas les SFX qui ont coûté le plus cher, mais les costumes, les armes, et la régie. Les SFX ont été bricolés avec très peu d'argent. Il faut dire qu'il y a surtout des effets de maquillage, réalisés par mon frère Blaise Michel R.. Il y avait aussi sur le plateau un jeune technicien, Jean Etienne, qui s'est chargé de plusieurs effets. Nous avons aussi bénéficié de la collaboration de Jean-Christophe SPADACCINI pour certains maquillages gore, des impacts et une explosion. Jean-Christophe sortait tout juste du tournage de La Cité des Enfants Perdus, et ça lui a fait un sacré décalage ! (Rires). De toute façon, vu le budget, je ne pouvais pas me permettre une foule de SFX, et j'ai préféré concentrer mon attention sur les scènes d'action.

Y aura-t-il quelques "guest-stars" dans Time Demon ?

Jean-Pierre PUTTERS joue deux rôles dans le film ; à vous de les retrouver ! Sinon, j'ai fait jouer Jean-François GALLOTTE et Alain ROBAK (Baby Blood, Parano...) que j'avais déjà employés sur Roboflash Warrior. Il y a aussi Christophe LEMAIRE, un ancien de la revue Starfix, qui interprête un affreux tortionnaire nazi, ainsi que Jean-Claude ROMER, bien connu des fantasticophiles français, dans le rôle d'un commissaire de police.
L'originalité de ce casting est qu'il comporte de nombreuses personnalités du cinéma X, notamment dans les rôles féminins. On y trouve en effet ELODIE, CHANONNE, ZABOU, Charly SPARK, CHLOE, ainsi qu'Eric WEISS et quelques autres... Idéal pour ajouter une bonne touche d'érotisme au film ! Je suis d'ailleurs très satisfait de la participation de ces personnes qui se sont toutes montrées sérieuses et motivées. Pour le reste, j'ai fait appel à de jeunes comédiens, débutants ou confirmés, ainsi qu'à des champions d'arts martiaux pour les scènes de combat. Et bien sûr, Laurent DALLIAS tient le rôle principal, celui de Jack Gomez, un malheureux citoyen mêlé involontairement aux sombres projets du führer et qui passe le film à tenter d'échapper aux nazis, accompagné de sa maîtresse streap-teaseuse (interprêtée par Elisabeth HENRIQUES). Voilà pour l'essentiel du casting.

Qui assurera la distribution de Time Demon ?

Pour ce qui est de la distribution, nous attendons que le film soit terminé pour tenter de le proposer à des sociétés de distribution vidéo (nous en avons approché plusieurs). Autrement, nous le distribuerons nous-mêmes grâce à la société que je viens de monter avec Jean-Pierre PUTTERS et Damien GRANGER. De toute façon, il sera disponible en VPC grâce à des publicités dans Mad Movies. Jusqu'à présent, les boutiques où on peut trouver mes films se situent surtout à Paris, du style "Movies 2000" ou "Album"... J'espère bien sûr étendre notre réseau de distribution, l'objectif à moyen terme étant d'être au moins présent dans les FNAC...

Allez-vous réitérer votre collaboration avec Mad Movies pour vos prochains films ?

Dans l'avenir, je vais étroitement collaborer avec Jean-Pierre PUTTERS dans la mesure où nous sommes désormais associés. Quant au journal Mad Movies en tant que tel, il est clair qu'il demeure pour nous un partenaire privilégié sur le plan médiatique. De plus, c'est le seul journal où je ne compte que des amis ! Enfin je crois ! (Rires).

Dernière question en forme de clin d'oeil : avez-vous vu les films de Norbert Moutier (Mad Mutilator, Trepanator...) et si oui, qu'en pensez-vous ? Il est avec vous l'un des seuls oeuvrant coûte que coûte dans le genre...

Bien sûr, je connais bien les films de Norbert. Je lui en ai acheté plusieurs, et il m'a également acheté les miens. Je trouve qu'il a beaucoup de courage, car il réalise ses films dans des conditions proches des miennes, avec très peu de collaborateurs. Il fait pratiquement tout lui-même ; c'est un véritable artisan. Cela me fait penser au début du cinéma ! Pour autant, ses films sont assez différents des miens. Je lui ai déja proposé de figurer dans mes films, mais il n'y tient pas franchement. C'est quelqu'un d'assez solitaire et qui semble énormément attaché à son indépendance. En tout cas, nous sommes les deux seuls français assez fous pour persister à produire des longs-métrages fantastiques sans aucun soutien de la part de l'industrie du cinéma français. Alors forcément, ça crée des liens ! (Rires)


Propos recueillis par David Didelot
et parus dans le fanzine Vidéotopsie
(n°4 - Janvier 1996).



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