"Richard J. Thomson", c'est un pseudo je suppose ; est-ce pour délirer,
se faire mieux vendre ou parce que vous n'aimez pas votre vrai nom ?
Si j'ai pris un pseudonyme, c'est d'une
part pour être en adéquation avec le genre de films que je
fais, inspirés -grosso modo- de la production anglo-saxonne ; et
d'autre part dans un souci "commercial", pour inspirer confiance aux clients
des vidéo-clubs. Machiavélique, n'est-ce pas ? (Rires).
Mais je ne cherche pas du tout à cacher mon véritable nom,
je n'ai absolument pas honte de mes films. Lorsque je réalise des
films d'un autre genre (documentaires, films "institutionnels"), je signe
sous mon vrai nom.
Racontez-nous un peu
votre parcours ; comment en êtes-vous arrivé à la réalisation
?
J'ai débuté par le super
8, comme beaucoup de gens, dès l'âge de 9 ans. A l'époque,
je réalisais des courts-métrages avec mon frère et
des copains. J'ai également beaucoup "recruté" au sein de
ma famille, car certains de mes oncles et tantes étaient dans le
spectacle. Mon père a également été mis à
contribution, et figurait dans presque tous mes films. Puis le métrage
de ces films a commencé à rallonger, j'ai tourné des
moyens-métrages, des comédies fantastiques.
Sur le plan scolaire, j'ai passé
un bac littéraire avec option cinéma, et c'est à cette
occasion que je me suis familiarisé avec la vidéo. Puis j'ai
fait une école de cinéma qui m'a permis de faire beaucoup
d'"institutionnel", et enfin une licence de cinéma en faculté.
J'ai abandonné le super 8 pour la vidéo vers 1990, car le
super 8 était difficile à sonoriser, et assez coûteux
également. En 1989, j'ai réalisé un court-métrage
en 16 mm, La Montagne Bleue, un documentaire de 6 mn : c'est pour
l'instant ma seule expérience dans ce format, et malheureusement,
je n'ai encore jamais eu l'occasion de tourner en 35 mm.
Autrement, mon premier film long-métrage
fut Night of Vampyrmania (1993), encore qu'il s'agisse d'un film
à sketches. Ce format est de toute façon obligatoire à
partir du moment où on envisage une distribution du film. Les miens
font en général 1 heure 20, ce qui me convient bien : assez
long pour raconter une histoire avec de nombreux personnages et rebondissements,
et pas suffisamment long pour trop se répéter et faire piétiner
l'action. D'autant que je suis très limité par les moyens,
ce qui m'interdit certains types de scènes, trop coûteuses...
Dans ce cas, mieux vaut être concis et efficace, et ne pas "voir
trop grand" dans son scénario !
Votre genre de prédilection
est sans conteste le fantastique...
Ce qui me plaît dans le fantastique,
c'est que le genre est tellement varié et vaste qu'il y en a forcément
pour tous les goûts. On peut passer sa vie à faire du fantastique
et ne jamais aborder les mêmes thèmes ! Pour ma part, je suis
autant intéressé par la science-fiction que par l'épouvante
ou encore l'heroïc-fantasy. Avec une préférence pour
les films lisibles à des degrés différents. Je veille
à ce que les miens puissent être suivis au premier degré
(cohérence de l'action, des personnages), mais aussi -et surtout
!- au deuxième degré, car je détourne beaucoup d'idées
"piquées" à des classiques du genre. J'adore justement jouer
sur les clichés, travailler sur les stéréotypes...
Et j'aime désamorcer certaines scènes "sérieuses",
voire tragiques, par des scènes de comédie venant juste après
; rien ne vaut un tel voisinage pour que le spectateur ne dorme pas trop,
qu'il soit réellement surpris tout au long du film.
Et puis si j'ai souvent tourné
des comédies fantastiques, c'est que je suis naturellement porté
vers l'humour. Je ne peux pas m'empêcher, même en cours de
tournage, de rajouter des gags qui n'étaient pas prévus dans
le scénario ! On me le reproche parfois car ça peut sembler
mal à propos, mais c'est comme ça ! Dès que j 'ai
l'idée d'une réplique savoureuse, je la colle dans le dialogue
à la dernière minute, et parfois le résultat est très
bon... à mon goût ! Il faut dire que je suis totalement libre
sur mes tournages, il n'y a pas de pressions économiques qui pèsent
sur moi ; je peux tout me permettre, dans la limite de mes moyens techniques
et budgétaires bien entendu. Justement, ce qui est formidable avec
l'humour, c'est qu'il n'y a pas besoin de mettre des millions pour qu'un
gag soit drôle : il suffit d'un bon acteur ! Finalement, l'humour
est un moyen économique pour réussir un film !
Cela dit, j 'ai déjà
tourné des scènes réellement effrayantes, car j'affectionne
aussi l'horreur pure. J'ai écrit l'année dernière
un scénario assez premier degré, un film d'horreur un peu
inspiré de Prince des Ténèbres (J. Carpenter)
et des films Z italiens ; mais en définitive, j'ai décidé
avec Mad Movies de tourner Time Demon à la place.
En fait, une autre chose fondamentale qui me plaît dans le fantastique,
c'est que c'est peut-être le genre qui me permet le mieux de raconter
des histoires. Avec le fantastique, on doit forcément faire appel
à son imagination. En empruntant des éléments à
la réalité, on doit être capable de transfigurer ce
monde réel, y faire surgir de la magie, du surnaturel. Toutes les
combinaisons sont possibles dans ce genre si riche (et pourtant boudé
par les professionnels français) ; c'est une question de dosage
et d'inventivité. Tout l'art du fantastique réside en la
confrontation
d'éléments appartenant à des registres différents,
voire contradictoires, et c'est une source exceptionnelle de trouvailles
pour des scénaristes inspirés. Quant à moi, j'emprunte
à beaucoup de films, je cite énormément d'auteurs,
sans jamais les plagier... Et j'ajoute quelques fantasmes personnels.
Parlons de votre dernier-né,
Time Demon : toujours le même esprit série Z, avec
action, horreur et humour ?
Avec Jean-Pierre PUTTERS, Damien
GRANGER et Blaise Michel R., qui se sont associés à
moi pour produire Time Demon, nous avons voulu faire de ce film
un "sommet" du Z, la quintessence de ce "genre" (difficile à définir
précisément d'ailleurs) en mêlant action, horreur,
humour, fantastique et sexe. Un cocktail détonnant ! L'histoire
raconte qu'Hitler, toujours vivant, veut à nouveau conquérir
le monde, aidé par une secte de femmes diaboliques et sadiques qui
ont établi leur QG dans une vaste usine désaffectée.
Il se servira aussi d'une machine à remonter le temps... Pour le
reste, vous le découvrirez dans quelques mois. C'est une coproduction
AJC
Vidéo / Mad Movies, au budget microscopique, mais qui
devrait bénéficier d'une assez bonne couverture médiatique.
Comment s'est déroulé
le tournage ?
Ca n'a pas exactement été
une partie de plaisir, du fait de conditions très précaires,
même s'il y a eu de bons moments. Disons que le tournage a pris énormément
de retard pour des raisons très diverses (météo, disponibilité
des acteurs...), ce qui a d'ailleurs entraîné un dépassement
de budget. L'équipe était réduite et, chose rare,
j'ai presque entièrement cadré le film moi-même. La
majeure partie du tournage a eu lieu en banlieue parisienne dans une ancienne
sucrerie Beghin-Say, qui vient d'être rasée pour permettre
la construction d'une gare RER. L'inconvénient était bien
sûr la distance pour s'y rendre avec l'équipe, ainsi que la
saleté des lieux. Nous n'avions pas d'eau courante, ce qui n'était
pas idéal pour le démaquillage des acteurs. Nous avions éalement
peu de véhicules, et d'une manière générale,
il n'y avait aucun confort sur le tournage. L'inexpérience de certains
collaborateurs, ainsi que la mauvaise organisation liée au manque
de moyens, nous a parfois fait perdre du temps, mais l'ambiance a été
bonne. Il y a vraiment eu très peu de tension entre nous, ce qui
est rare dans une équipe. En revanche, les journées étaient
harrassantes. Je tire un coup de chapeau particulier à Laurent
DALLIAS, l'interprête du rôle principal (déjà
vedette de Roboflash Warrior) qui s'est investi à fond dans
le projet, et dont l'apport au film a été considérable.
Je suis très reconnaissant aussi à tous les acteurs et collaborateurs
-bénévoles, je le rappelle- qui ont donné de leur
temps et de leur énergie pour Time Demon.
Tourner en vidéo
doit être frustrant à la fin ; est-ce que cela vous paralyse
artistiquement parlant ?
Comme je l'ai dit, la vidéo
s'est imposé à moi pour des raisons économiques et
pratiques. Il est certain que je préfère travailler en pellicule,
mais cela augmente les coûts. Cela dit, mon prochain long-métrage
risque d'être tourné en 16 mm et monté en Béta.
Ce serait déjà un progrès. Evidemment, mon but est
d'arriver un jour à tourner en 35 mm, seul format qui permet réellement
de s'exprimer sur le plan artistique selon moi. La vidéo "banalise"
l'image et lui enlève du mystère, elle l'applanit. Cela rappelle
tout de suite les reportages T.V. ou pire, les films de vacances ! Un jour,
un gérant de vidéo-club m'a raconté qu'il avait passé
un de mes films dans son magasin et que les clients s'attendaient à
voir des scènes pornos, parce que la qualité d'image les
avait persuadés qu'il s'agissait d'un film X ! C'est un peu déprimant
!
Qu'est-ce qui vous
a coûté le plus pour Time Demon
? Les SFX ?
Non, ce ne sont pas les SFX qui ont
coûté le plus cher, mais les costumes, les armes, et la régie.
Les SFX ont été bricolés avec très peu d'argent.
Il faut dire qu'il y a surtout des effets de maquillage, réalisés
par mon frère Blaise Michel R.. Il y avait aussi sur le plateau
un jeune technicien, Jean Etienne, qui s'est chargé de plusieurs
effets. Nous avons aussi bénéficié de la collaboration
de Jean-Christophe SPADACCINI pour certains maquillages gore, des
impacts et une explosion. Jean-Christophe sortait tout juste du tournage
de La Cité des Enfants Perdus, et ça lui a fait un
sacré décalage ! (Rires). De toute façon, vu
le budget, je ne pouvais pas me permettre une foule de SFX, et j'ai préféré
concentrer mon attention sur les scènes d'action.
Y aura-t-il quelques
"guest-stars" dans Time Demon ?
Jean-Pierre PUTTERS joue deux
rôles dans le film ; à vous de les retrouver ! Sinon, j'ai
fait jouer Jean-François GALLOTTE et Alain ROBAK (Baby
Blood, Parano...) que j'avais déjà employés
sur Roboflash Warrior. Il y a aussi Christophe LEMAIRE, un
ancien de la revue Starfix, qui interprête un affreux tortionnaire
nazi, ainsi que Jean-Claude ROMER, bien connu des fantasticophiles
français, dans le rôle d'un commissaire de police.
L'originalité de ce casting
est qu'il comporte de nombreuses personnalités du cinéma
X, notamment dans les rôles féminins. On y trouve en effet
ELODIE,
CHANONNE, ZABOU, Charly SPARK, CHLOE, ainsi
qu'Eric WEISS et quelques autres... Idéal pour ajouter une
bonne touche d'érotisme au film ! Je suis d'ailleurs très
satisfait de la participation de ces personnes qui se sont toutes montrées
sérieuses et motivées. Pour le reste, j'ai fait appel à
de jeunes comédiens, débutants ou confirmés, ainsi
qu'à des champions d'arts martiaux pour les scènes de combat.
Et bien sûr, Laurent DALLIAS tient le rôle principal,
celui de Jack Gomez, un malheureux citoyen mêlé involontairement
aux sombres projets du führer et qui passe le film à tenter
d'échapper aux nazis, accompagné de sa maîtresse streap-teaseuse
(interprêtée par Elisabeth HENRIQUES). Voilà
pour l'essentiel du casting.
Qui assurera la distribution
de Time Demon ?
Pour ce qui est de la distribution,
nous attendons que le film soit terminé pour tenter de le proposer
à des sociétés de distribution vidéo (nous
en avons approché plusieurs). Autrement, nous le distribuerons nous-mêmes
grâce à la société que je viens de monter avec
Jean-Pierre
PUTTERS et Damien GRANGER. De toute façon, il sera disponible
en VPC grâce à des publicités dans
Mad Movies.
Jusqu'à présent, les boutiques où on peut trouver
mes films se situent surtout à Paris, du style "Movies 2000"
ou "Album"... J'espère bien sûr étendre notre
réseau de distribution, l'objectif à moyen terme étant
d'être au moins présent dans les FNAC...
Allez-vous réitérer
votre collaboration avec Mad Movies pour vos prochains films ?
Dans l'avenir, je vais étroitement
collaborer avec Jean-Pierre PUTTERS dans la mesure où nous
sommes désormais associés. Quant au journal Mad Movies
en tant que tel, il est clair qu'il demeure pour nous un partenaire privilégié
sur le plan médiatique. De plus, c'est le seul journal où
je ne compte que des amis ! Enfin je crois ! (Rires).
Dernière question
en forme de clin d'oeil : avez-vous vu les films de Norbert Moutier (Mad
Mutilator, Trepanator...) et si oui, qu'en pensez-vous ? Il
est avec vous l'un des seuls oeuvrant coûte que coûte dans
le genre...
Bien sûr, je connais bien les films
de Norbert. Je lui en ai acheté plusieurs, et il m'a également
acheté les miens. Je trouve qu'il a beaucoup de courage, car il
réalise ses films dans des conditions proches des miennes, avec
très peu de collaborateurs. Il fait pratiquement tout lui-même
; c'est un véritable artisan. Cela me fait penser au début
du cinéma ! Pour autant, ses films sont assez différents
des miens. Je lui ai déja proposé de figurer dans mes films,
mais il n'y tient pas franchement. C'est quelqu'un d'assez solitaire et
qui semble énormément attaché à son indépendance.
En tout cas, nous sommes les deux seuls français assez fous pour
persister à produire des longs-métrages fantastiques sans
aucun soutien de la part de l'industrie du cinéma français.
Alors forcément, ça crée des liens ! (Rires)