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Interview de RJT dans le fanzine Fantastigorama

Octobre 1995

D'où vient cette envie de faire du cinéma ?

Dès que j'ai été en âge de gribouiller sur du papier, j'ai choisi la BD comme mode d'expression. Tous mes dessins d'enfant étaient des BD, et comme je ne savais pas écrire, j'inscrivais dans les bulles un charabia pour le moins étrange et mystérieux. J'étais déjà très productif, je dessinais pratiquement toute la journée et de manière très consciencieuse. Puis j'ai découvert que ma mère possédait une petite caméra Super 8 muette et je me suis dit que cela devait être bien plus simple de capter la réalité par le film plutôt que de tenter de la recréer par le dessin. À la fois dans un soucis de "perfectionnement de mon oeuvre" et d'économie de travail, j'ai commencé à tourner des films à l'âge de 9 ans. Il faut dire aussi que cette envie a coïncidé avec la découverte d'un lieu (que j'ai réutilisé par la suite dans plusieurs films, dont Vampyrmania) situé près de chez mes parents dans le Vaucluse : un château en ruine, perché au sommet d'une colline. C'est peut-être ce lieu qui m'a le premier poussé à faire du fantastique, puisque mon premier film racontait l'histoire d'un fantôme hantant ce château et terrorisant des touristes. Mes parents et mon petit frère tenaient les rôles principaux. Mémorable ! Puis il y en a eu de très nombreux autres, en Super 8 puis en vidéo. Mon frère Blaise m'a toujours secondé efficacement, et petit à petit nous nous sommes mis à rechercher des collaborateurs, d'abord dans notre entourage puis en passant des annonces... Jusqu'à fonder, en 1991, l'association AJC Vidéo qui a produit et diffusé mes derniers films.

Tu as fait beaucoup de courts-métrages, comment en es-tu venu aux longs ?

Dans la mesure où je voulais diffuser mes films par le biais d'AJC Vidéo, il fallait que ce soit des longs-métrages. Et puis le format court m'a un peu lassé au fil des années. Les courts ne reposent que sur une ou deux idées et les exploitent en quinze minutes, c'est un peu bref pour raconter vraiment une histoire avec des personnages, de l'action, éventuellement du suspense ! J'ai toujours préféré les formats de quatre-vingt-dix minutes où l'on peut vraiment développer un univers, avec des scènes d'action alternant avec de la comédie, des scènes dialoguées... Ceci dit, un long est bien-sûr plus difficile à réaliser qu'un court. Durée de tournage plus importante, pareil pour le coût... Je crois aussi qu'il faut avoir réalisé un certain nombre de courts avant de pouvoir se lancer dans l'aventure du long. Trop de débutants se mettent en tête de faire un long, pensant avoir un scénario en béton, et ne parviennent pas à tenir la distance. Je suis souvent amené à lire des synopsis de gens qui pensent tenir là matière à faire un long-métrage alors qu'il est évident que leur film fera vingt minutes à tout casser ! Et ils s'en rendent compte en cours de tournage...

Tu oeuvres principalement dans le fantastique qui semble être ton genre de prédilection. Qu'est-ce qui t'attire tant que ça dans le fantastique ?

Ce qui est curieux, c'est qu'étant plus jeune, je ne pensais pas aimer le fantastique ! Mes parents n'en étaient pas fous, et je croyais que ce genre de films était réservé à un public un peu attardé. Et malgré tout, tel monsieur Jourdain, j'en faisais sans le savoir ! Mais à l'époque je considérais plutôt ça comme de la comédie. Puis j'ai commencé à m'intéresser au genre, mais toujours par le biais de la comédie fantastique : je me souviens qu'un des premiers films que j'ai loué en vidéo était Vampire, vous avez dit Vampire ? et j'avais aimé ce mélange de rire et d'épouvante, cette alternance de gags "bon enfant" et de séquences impressionnantes. Ça m'avait beaucoup inspiré et j'ai commencé à visionner pas mal de films d'horreur... J'ai trouvé dans ce genre, que beaucoup considèrent comme mineur, une richesse que je ne soupçonnais pas. C'est un des genres qui permet le mieux de raconter une histoire.

Tu t'intéresses plus particulièrement à un mythe du fantastique, celui des vampires. Pourquoi ?

Je crois que le vampire est un des plus beaux mythes du fantastique. C'est d'ailleurs une créature qui est universelle, à la différence d'autres personnages comme Frankenstein. Le vampire existe sous de nombreuses formes en Afrique, en Asie à travers des légendes, et ne serait-ce que pour ça il est particulièrement fascinant. Pour ma part, le personnage du compte Dracula m'a toujours captivé, un mélange de puissance diabolique et de faiblesse tragique, car le vampire est à la fois un seigneur tout puissant et une victime. C'est très romantique à vrai dire, sans oublier que le vampire possède un potentiel esthétique exceptionnel ainsi qu'un attrait érotique incontestable. Sans doute le plus séduisant serviteur de Satan, que l'on peut décliner de bien des façons. J'ai réalisé 4 ou 5 films de vampires, dont Le Saigneur de la Nuit 1 et 2, et Night of Vampyrmania qui est plus délirant, avec ses vampires chauffeurs de taxis, inspecteurs de police ou... Père Noël ! Ce dernier finit empalé par un sapin de Noël, une variante surprenante du pieu dans le coeur ! Quant au Saigneur de la Nuit et sa suite, ce sont des moyens métrages en Super 8 qui remontent à 1989 et dont je suis assez satisfait (davantage, par exemple, que Night of Vampyrmania pourtant largement postérieur).

Les vampires hantaient surtout tes courts-métrages. Par contre, tes longs-métrages abordent un peu tous les domaines : les extra-terrestres, les savants fous, le film d'action pur et dur... Pourquoi ne pas avoir persévéré à revisiter le mythe du vampire à travers une série de films, un peu à la manière de Jean Rollin ?

C'est un peu à cause d'une sorte de boulimie ! Je voulais explorer tous les horizons du fantastique, et il me reste d'ailleurs beaucoup à faire pour en épuiser les sous-genres. J'ai fait un film de vampires, un film d'extra-terrestres et de savant fou, un film d'action (Roboflash Warrior), un film de zombies (Green Zombis From Ploucville, en cours), et je termine un film... de voyage dans le temps (Time Demon) ! Il me reste encore les virus mortels, les pirates, les insectes géants, les loup-garous, les familles sanguinaires et autres dinosaures...

Time Demon, ton dernier film et le plus ambitieux à ce jour, est une co-production avec Mad Movies. Comment as-tu monté ce projet ?

Ça faisait longtemps que j'en parlais à Jean-Pierre Putters et l'année dernière il m'a dit : « Ok, faisons un film ensemble, propose moi un bon scénario et engage de bons acteurs ». J'ai écrit un synopsis intitulé Minuit - Hopital Central, une histoire de sorcellerie matinée de Prince des Ténèbres de Carpenter, avec quelques relents de Z italien, assez premier degré finalement. J'ai senti que Jean-Pierre n'était pas très emballé, il préférait un sujet plus "fun", davantage dans le ton de ce que j'avais tourné auparavant. J'ai donc écrit un deuxième scénario totalement différent, Time Demon, avec plus de gore, de gags, et un peu de sexe, comme le souhaitait Jean-Pierre. Il faut dire aussi qu'entre temps, j'avais déjà tourné la première séquence de Minuit - Hopital Central, le prologue se déroulant au temps des conquistadors. Je suis donc reparti de cette scène pour inventer Time Demon, et c'est bien là l'unique point commun entre les deux films... Je suis très heureux que le film ait été fait en collaboration avec Mad Movies, car c'est le journal de cinéma dont je me sens le plus proche. Ma collaboration avec Jean-Pierre va d'ailleurs se poursuivre sur d'autres films.

On a un peu du mal à saisir la trame de Time Demon au premier coup d'oeil. C'est une histoire un peu barge qui regorge de thèmes référentiels et bien spécifiques. D'où te viennent toutes ces idées ?

C'est vrai que l'histoire est un peu compliquée. Hitler, qui n'est pas mort en 45 et qui se trouve dans un état de sénilité très avancé (ah ben ça promet, déjà qu'il y a quelques décennies, il était gravement débile, alors maintenant... NDLR), projette à nouveau de conquérir le monde et a besoin pour ça de se régénérer. Son médecin, inventeur d'une machine à remonter le temps, lui signale l'existence d'un ancien talisman indien qui donne la vie éternelle. Les nazis vont le récupérer à travers les âges, mais lorsque la machine tombe en panne, ils se mettent à pourchasser à notre époque le descendant de l'ancien propriétaire du talisman, Jack, ignorant tout de l'histoire. Les nazis sont aidés par une secte de lesbiennes cruelles et diaboliques. C'est le prétexte à une série de poursuites, bastons et autres rebondissements... Pour être honnête, je ne crois pas qu'il y ait une seule idée géniale dans ce film, mais plutôt une multitude de petites idées sympathiques, de clins d'oeil au genre... Il y a surtout de l'action et des dialogues assez croustillants. Certains me reprochent parfois un humour un peu lourd, mais c'est aussi, il me semble, un paramètre de la série Z. Du moins celle que j'aime, la série Z "à la Troma". Il y a du gore et des scènes sexy, et je crois que c'est le mélange de tous ces éléments qui est intéressant. J'adore faire un cocktail de tout ce qui me plaît dans le cinéma, en amenant volontairement le film dans le kitsch et le second degré. Je note fréquemment des idées plus ou moins loufoques dans la rue, le train, même au cinéma où il m'arrive de prendre des notes sur un ticket de métro. En sortant, c'est tellement mal écrit que je n'arrive plus à me relire et l'idée passe ainsi aux oubliettes, d'autant plus que ma mémoire donne quelques signes de faiblesse ! Pour en revenir à Time Demon, ça faisait longtemps que j'avais envie de faire une série Z avec des nazis et des femmes au look sado-maso, cuir noir, fouets, etc... Et ça me plaisait aussi de situer certaines scènes dans le passé, au temps des conquistadors... Et puis j'ai eu la chance de trouver un décor très riche, une vaste usine désaffectée qui, à l'heure actuelle, est démolie.

Comment Richard J. Thomson arrive t-il à convaincre des acteurs professionnels comme Laurent Dallias ou Dominick Breuil à jouer dans un de ses films ?

Laurent a déjà tenu le rôle principal dans Roboflash Warrior, et j'ai été très heureux de retravailler avec lui. Cette fois il joue Jack, un type plein de défauts, mythomane, grande gueule et coureur de jupons, mais aussi très attachant. Ce rôle a beaucoup plu à Laurent, il s'est beaucoup amusé. Il est de plus très crédible dans les scènes de combat, c'est l'acteur idéal pour ce genre de films. Quant à Dominick, qui incarne un affreux colonel SS, il excelle dans ce type de rôles. Je l'avais déjà vu dans des courts-métrages. Il y a aussi un acteur que j'utilise très souvent, Luc Cendrier. Il est ici le père de Jack, un aigri fâché avec son fils. Avec ce genre d'acteurs, on sait que les dialogues vont fonctionner à plein tube, c'est une sorte de garantie, réconfortante pour le réalisateur. D'une manière générale, je fais de plus en plus attention au casting. J'en profite pour les remercier à nouveau, car ils ont tous été bénévoles sur Time Demon. Je crois que pour bon nombre de jeunes comédiens, l'expérience d'un long-métrage vidéo est enrichissante, même s'il ne s'agit que d'un petit budget. Et puis je sais parfois me montrer convaincant. J'essaye de communiquer mon enthousiasme à un artiste que je veux voir dans le film. Il y a beaucoup de gens avec qui j'aimerai travailler, et je pense que je saurai m'en donner les moyens !

En ce qui concerne le casting féminin, il est essentiellement composé d'actrices venant du film X. Comment les as-tu trouvées et convaincues de jouer dans ton film qui ne ressemble pas trop à ce qu'elles font d'habitude ?

Le casting féminin a été... une aventure (rires) ! Tout comme Jean-Pierre, j'avais envie d'impliquer des vedettes du X dans Time Demon. D'abord parce que nous voulions tourner des scènes un peu "chaudes", ensuite parce que ça rajoutait une touche... Et puis le X étant à la mode en ce moment, ça ne pouvait pas être mauvais sur le plan médiatique (c'est mon côté Roger Corman qui ressurgit...). Nous nous sommes donc mis à la recherche de superbes créatures sexy. Avec mon assistant, nous avons arpenté les quartiers chauds de Paris, et à ma grande surprise nous n'avons reçu aucun coup de pied au cul ! Après avoir écumé les peep-shows en vain, nous avons contacté des boites de production X, des agences, ainsi que des journaux spécialisés comme Hot Vidéo ou Sexy Mag... On s'est finalement retrouvé sur le plateau avec 7 ou 8 filles issues du cinéma X. La première à avoir donné son accord à été Élodie qui a eu envie de tenter l'expérience et avec qui je me suis très bien entendu. Puis sont venues Channone, Charlie Spark, Zabou... Cette dernière m'a littéralement stupéfait par la qualité de son jeu (et aussi de sa plastique, j'avoue !), et j'espère lui donner un plus grand rôle dans le prochain film. D'une manière générale, elles se sont toutes montrées très professionnelles, et j'ai été ravi de leur donner l'occasion d'exprimer leurs talents d'actrices, ce qu'elles ne font pas souvent dans le X. Le casting féminin n'est pas uniquement composé de vedettes du X, mais aussi d'Élisabeth Henriques, qui tient le rôle de la petite amie de Jack, et qui a fourni un travail considérable, comme beaucoup d'autres petits rôles. Comme Chloé, comédienne et modèle photo, fervente lectrice de Mad Movies (recrutée par une petite annonce que Jean-Pierre avait publiée) et amatrice de gore, que j'ai malheureusement sous-exploitée pour Time Demon. Je tâcherai de me rattraper la prochaine fois ! J'espère faire un jour un film fantastique dans lequel 90 % des personnages seront des femmes... sexy de préférence ! Alors, avis aux amatrices ! Je compte bien rattraper mon retard dans le domaine de l'érotisme, qui est un élément indispensable à un film résolument Z comme Time Demon, ainsi qu'à sa promotion.

Qu'est-ce qui t'attire dans la série Z ? Pourquoi t'orientes-tu volontairement vers ce genre ?

Quand on n'a pas d'argent et qu'on veut quand-même faire du cinéma, la série Z a tendance à s'imposer naturellernent. Ça peut être un alibi puisqu'il existe aux USA une certaine "culture Z". Mais mon intérêt pour le Z est plus profond, car il représente un espace de liberté loin de toute censure parce que marginal, peu diffusé et peu important économiquement. C'est un cinéma de passionné. Dans le meilleur des cas, c'est bourré de références à des films cultes et débordant de petites trouvailles, et dans le pire des cas, lorsque nous sommes en présence de navets tournés à la chaine dans un seul but économique, il est toujours possible d'y trouver quelque intérêt. A condition de prendre le recul nécessaire. Le pire film de zombies italien peut ainsi se révéler hilarant, et même instructif sur le plan cinématographique ou même social. C'est aussi au cinéphile de trier. Par exemple, un remake italien d'un "grand" film américain possédera toujours un parfum unique, et il devient ainsi intéressant de comparer les deux versions pour s'apercevoir des différences de mentalités, de cultures... Ce genre de petit jeu s'adresse surtout aux spectateurs les plus connaisseurs. Cela dit, le Z que je préfère est celui avoué dès le départ, qui assume une certaine ringardise ou un mauvais goût revendiqués, comme avec la société Troma. Tout en respectant certaines règles et certains schémas narratifs, on peut laisser libre court à sa fantaisie la plus débridée. D'une manière générale, j'aime le cinéma de genre, absent de la culture française. Se plier à certains paramètres ne signifie pas appauvrir son oeuvre, le western l'a prouvé ! J'aime l'idée de faire des films dits de genre, quitte à changer de genre à chaque fois ! Et si possible en se permettant, en cours de route, des petits dérapages contrôlés... C'est peut-être ça, "l'esprit Z"...

Tu dis que c'est aussi par manque d'argent. Pourtant Time Demon comporte plusieurs scènes gores, des gunfights, des scènes d'action de toutes sortes. Alors comment arrives-tu, sans budget, à additionner tout ça dans un même film ?

On emprunte à droite et à gauche, on économise sur tout pour tout mettre en boite. Mais je commence à en avoir un peu assez de m'interdire systématiquement certains types de scènes. Nous n'avons pas les moyens de filmer des cascades, par exemple. Nous avions pourtant sur Time Demon un bon cascadeur qui nous avait proposé de faire la "torche humaine". Mais il lui fallait quatre assistants avec chacun un extincteur pour assurer la sécurité et nous n'avons pas pu les trouver. Tout ce qui pourrait se gérer sans trop de risques sur une production normale nous est interdit, et adieu les cascades ! De même, nos gunfights ne comportent aucun impact de balles sur les murs ou les voitures... Mais à force de travailler sans le sous, on finit par trouver des solutions à tous les problèmes et par mettre en boite des scènes impressionnantes sans dépenser un centime ! Nos prochaines productions seront ainsi plus performantes... Pour ce qui est des scène sexy, c'est le paradis : il suffit de filmer une jolie fille, et le tour est joué, elle a fait tout le boulot ! Idéal pour les réalisateurs fauchés ou paresseux !...

Quelle évolution vois-tu entre tes films ?

Il y a une évolution constante et ça va continuer ! Tout vient à force d'expérience. Elle est essentielle : il faut certes avoir des idées, mais il faut savoir aussi les concrétiser. Or, j'ai tellement tourné que je commence à savoir ce qui marche et ne marche pas. A chaque film je m'aperçois des erreurs que j'ai faites et j'essaye de ne plus les refaire. Un scénario trop complexe et une mauvaise présentation des personnages dans Attack of serial killers from outer space, un mauvais dosage de l'humour dans Roboflash Warrior... En fait, je crois que mon travail est réellement devenu "professionnel" depuis mon court-métrage en 16 mm, La Montagne Bleue, en 1989. La grande leçon que j'ai retenue au fil des années, c'est qu'il faut constamment penser au spectateur, et quand on écrit, et quand on tourne. Beaucoup de jeunes cinéastes ne pensent qu'à se faire plaisir et emmerdent tout le monde avec leurs films... Moi, je sais que mon principal problème désormais est d'ordre budgétaire, et en quelque sorte c'est rassurant.

Quelle expérience, quelle nouvelle leçon tires-tu de Time Demon ?

Au risque de paraître négatif, je dirais que la grande leçon de Time Demon est que je suis arrivé à la limite de ce qu'on peut faire dans des conditions aussi précaires. Je sais maintenant qu'il me faut passer à des budgets moins microscopiques pour pouvoir obtenir des résultats impeccables sur le plan technique. D'où la nécessité de la structure de production que je suis en train de monter avec Jean-Pierre Putters et Damien Granger. J'ai trop souvent gaspillé mon énergie pour des détails minimes qui auraient été expédiés en un rien de temps sur un film normal. Je ne peux plus continuer à faire appel au bénévolat car cela m'empèche d'exiger de mon équipe toute la rigueur nécessaire. Cela dit, même si j'améliore mes conditions de travail, je garderai cet «esprit Z» dont je parlais tout à l'heure, et chaque centime se verra à l'écran... De toute façon, je préfèrerai toujours faire dix films à un million qu'un seul à dix millions. Revoila encore mon côté Corman (rires) !

Que penses-tu de la situation du fantastique en France ?

Il y a des choses qui se font, c'est certain, notamment des courts-métrages, mais chacun oeuvre dans son coin et cela n'aboutit pas à grand chose. Le seul qui persiste et signe, c'est N.G. Mount. D'ailleurs, aussi bien lui que moi influençons beaucoup de gens qui se mettent à tourner leurs films, et c'est positif. Encore faudrait-il que les producteurs professionnels donnent leur chance aux plus doués d'entre ces jeunes réalisateurs, pour qu'un cinéma fantastique puisse se développer en France. De la même façon, les fanzines peuvent jouer un rôle important, en se faisant l'écho des productions françaises, même amateurs, afin que les jeunes cinéastes trouvent leur public. Au lieu de ça, la plupart de ces petites revues se contentent de consacrer des pages entières aux grands auteurs américains, en reprenant les photos de Mad Movies (on sait ce que c'est, ça nous arrive encore ! NDLR) au lieu d'avoir une démarche plus originale et constructive. En ce qui me concerne, les fanzines m'ayant contacté ne serait-ce qu'une seule fois depuis trois ou quatre ans se comptent sur les doigts d'une seule main, et c'est pareil pour N.G. Mount, qui lui bénéficie en revanche d'une couverture médiatique professionnelle. C'est tout de même un peu dommage quand on voit le nombre de fanzines, le public potentiellement intéressé par le genre, les créateurs de toutes sortes qui tentent des incursions dans le genre, alors que finalement rien ne bouge réellement... Heureusement qu'il y a des revues comme Mad Movies qui entretiennent encore un peu un certain enthousiasme...


Propos recueillis par Damon G. Omen
et parus dans le fanzine Fantastigorama
(n°2 - Octobre 1995).



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