D'où vient cette envie de faire du cinéma ?
Dès que j'ai été
en âge de gribouiller sur du papier, j'ai choisi la BD comme mode
d'expression. Tous mes dessins d'enfant étaient des BD, et comme
je ne savais pas écrire, j'inscrivais dans les bulles un charabia
pour le moins étrange et mystérieux. J'étais déjà
très productif, je dessinais pratiquement toute la journée
et de manière très consciencieuse. Puis j'ai découvert
que ma mère possédait une petite caméra Super 8 muette
et je me suis dit que cela devait être bien plus simple de capter
la réalité par le film plutôt que de tenter de la recréer
par le dessin. À la fois dans un soucis de "perfectionnement de
mon oeuvre" et d'économie de travail, j'ai commencé à
tourner des films à l'âge de 9 ans. Il faut dire aussi que
cette envie a coïncidé avec la découverte d'un lieu
(que j'ai réutilisé par la suite dans plusieurs films, dont
Vampyrmania)
situé près de chez mes parents dans le Vaucluse : un château
en ruine, perché au sommet d'une colline. C'est peut-être
ce lieu qui m'a le premier poussé à faire du fantastique,
puisque mon premier film racontait l'histoire d'un fantôme hantant
ce château et terrorisant des touristes. Mes parents et mon petit
frère tenaient les rôles principaux. Mémorable ! Puis
il y en a eu de très nombreux autres, en Super 8 puis en vidéo.
Mon frère Blaise m'a toujours secondé efficacement, et petit
à petit nous nous sommes mis à rechercher des collaborateurs,
d'abord dans notre entourage puis en passant des annonces... Jusqu'à
fonder, en 1991, l'association AJC Vidéo qui a produit et
diffusé mes derniers films.
Tu as fait beaucoup
de courts-métrages, comment en es-tu venu aux longs ?
Dans la mesure où je voulais
diffuser mes films par le biais d'AJC Vidéo, il fallait que
ce soit des longs-métrages. Et puis le format court m'a un peu lassé
au fil des années. Les courts ne reposent que sur une ou deux idées
et les exploitent en quinze minutes, c'est un peu bref pour raconter vraiment
une histoire avec des personnages, de l'action, éventuellement du
suspense ! J'ai toujours préféré les formats de quatre-vingt-dix
minutes où l'on peut vraiment développer un univers, avec
des scènes d'action alternant avec de la comédie, des scènes
dialoguées... Ceci dit, un long est bien-sûr plus difficile
à réaliser qu'un court. Durée de tournage plus importante,
pareil pour le coût... Je crois aussi qu'il faut avoir réalisé
un certain nombre de courts avant de pouvoir se lancer dans l'aventure
du long. Trop de débutants se mettent en tête de faire un
long, pensant avoir un scénario en béton, et ne parviennent
pas à tenir la distance. Je suis souvent amené à lire
des synopsis de gens qui pensent tenir là matière à
faire un long-métrage alors qu'il est évident que leur film
fera vingt minutes à tout casser ! Et ils s'en rendent compte en
cours de tournage...
Tu oeuvres principalement
dans le fantastique qui semble être ton genre de prédilection.
Qu'est-ce qui t'attire tant que ça dans le fantastique ?
Ce qui est curieux, c'est qu'étant
plus jeune, je ne pensais pas aimer le fantastique ! Mes parents n'en étaient
pas fous, et je croyais que ce genre de films était réservé
à un public un peu attardé. Et malgré tout, tel monsieur
Jourdain, j'en faisais sans le savoir ! Mais à l'époque je
considérais plutôt ça comme de la comédie. Puis
j'ai commencé à m'intéresser au genre, mais toujours
par le biais de la comédie fantastique : je me souviens qu'un des
premiers films que j'ai loué en vidéo était Vampire,
vous avez dit Vampire ? et j'avais aimé ce mélange de
rire et d'épouvante, cette alternance de gags "bon enfant" et de
séquences impressionnantes. Ça m'avait beaucoup inspiré
et j'ai commencé à visionner pas mal de films d'horreur...
J'ai trouvé dans ce genre, que beaucoup considèrent comme
mineur, une richesse que je ne soupçonnais pas. C'est un des genres
qui permet le mieux de raconter une histoire.
Tu t'intéresses
plus particulièrement à un mythe du fantastique, celui des
vampires. Pourquoi ?
Je crois que le vampire est un des
plus beaux mythes du fantastique. C'est d'ailleurs une créature
qui est universelle, à la différence d'autres personnages
comme Frankenstein. Le vampire existe sous de nombreuses formes en Afrique,
en Asie à travers des légendes, et ne serait-ce que pour
ça il est particulièrement fascinant. Pour ma part, le personnage
du compte Dracula m'a toujours captivé, un mélange de puissance
diabolique et de faiblesse tragique, car le vampire est à la fois
un seigneur tout puissant et une victime. C'est très romantique
à vrai dire, sans oublier que le vampire possède un potentiel
esthétique exceptionnel ainsi qu'un attrait érotique incontestable.
Sans doute le plus séduisant serviteur de Satan, que l'on peut décliner
de bien des façons. J'ai réalisé 4 ou 5 films de vampires,
dont Le Saigneur de la Nuit 1 et 2, et Night of Vampyrmania
qui est plus délirant, avec ses vampires chauffeurs de taxis, inspecteurs
de police ou... Père Noël ! Ce dernier finit empalé
par un sapin de Noël, une variante surprenante du pieu dans le coeur
! Quant au Saigneur de la Nuit et sa suite, ce sont des moyens métrages
en Super 8 qui remontent à 1989 et dont je suis assez satisfait
(davantage, par exemple, que Night of Vampyrmania pourtant largement
postérieur).
Les vampires hantaient
surtout tes courts-métrages. Par contre, tes longs-métrages
abordent un peu tous les domaines : les extra-terrestres, les savants fous,
le film d'action pur et dur... Pourquoi ne pas avoir persévéré
à revisiter le mythe du vampire à travers une série
de films, un peu à la manière de Jean Rollin ?
C'est un peu à cause d'une sorte
de boulimie ! Je voulais explorer tous les horizons du fantastique, et
il me reste d'ailleurs beaucoup à faire pour en épuiser les
sous-genres. J'ai fait un film de vampires, un film d'extra-terrestres
et de savant fou, un film d'action (Roboflash Warrior), un film
de zombies (Green Zombis From Ploucville, en cours), et je termine
un film... de voyage dans le temps (Time Demon) ! Il me reste encore
les virus mortels, les pirates, les insectes géants, les loup-garous,
les familles sanguinaires et autres dinosaures...
Time Demon, ton dernier
film et le plus ambitieux à ce jour, est une co-production avec
Mad Movies. Comment as-tu monté ce projet ?
Ça faisait longtemps que j'en
parlais à Jean-Pierre Putters et l'année dernière
il m'a dit : « Ok, faisons un film ensemble, propose moi un bon
scénario et engage de bons acteurs ». J'ai écrit
un synopsis intitulé Minuit - Hopital Central, une histoire
de sorcellerie matinée de Prince des Ténèbres
de Carpenter, avec quelques relents de Z italien, assez premier degré
finalement. J'ai senti que Jean-Pierre n'était pas très emballé,
il préférait un sujet plus "fun", davantage dans le ton de
ce que j'avais tourné auparavant. J'ai donc écrit un deuxième
scénario totalement différent, Time Demon, avec plus
de gore, de gags, et un peu de sexe, comme le souhaitait Jean-Pierre. Il
faut dire aussi qu'entre temps, j'avais déjà tourné
la première séquence de Minuit - Hopital Central,
le prologue se déroulant au temps des conquistadors. Je suis donc
reparti de cette scène pour inventer Time Demon, et c'est
bien là l'unique point commun entre les deux films... Je suis très
heureux que le film ait été fait en collaboration avec Mad
Movies, car c'est le journal de cinéma dont je me sens le plus proche.
Ma collaboration avec Jean-Pierre va d'ailleurs se poursuivre sur d'autres
films.
On a un peu du mal
à saisir la trame de Time Demon au premier coup d'oeil. C'est une
histoire un peu barge qui regorge de thèmes référentiels
et bien spécifiques. D'où te viennent toutes ces idées
?
C'est vrai que l'histoire est un peu
compliquée. Hitler, qui n'est pas mort en 45 et qui se trouve dans
un état de sénilité très avancé (ah
ben ça promet, déjà qu'il y a quelques décennies,
il était gravement débile, alors maintenant... NDLR),
projette à nouveau de conquérir le monde et a besoin pour
ça de se régénérer. Son médecin, inventeur
d'une machine à remonter le temps, lui signale l'existence d'un
ancien talisman indien qui donne la vie éternelle. Les nazis vont
le récupérer à travers les âges, mais lorsque
la machine tombe en panne, ils se mettent à pourchasser à
notre époque le descendant de l'ancien propriétaire du talisman,
Jack, ignorant tout de l'histoire. Les nazis sont aidés par une
secte de lesbiennes cruelles et diaboliques. C'est le prétexte à
une série de poursuites, bastons et autres rebondissements... Pour
être honnête, je ne crois pas qu'il y ait une seule idée
géniale dans ce film, mais plutôt une multitude de petites
idées sympathiques, de clins d'oeil au genre... Il y a surtout de
l'action et des dialogues assez croustillants. Certains me reprochent parfois
un humour un peu lourd, mais c'est aussi, il me semble, un paramètre
de la série Z. Du moins celle que j'aime, la série Z "à
la Troma". Il y a du gore et des scènes sexy, et je crois que c'est
le mélange de tous ces éléments qui est intéressant.
J'adore faire un cocktail de tout ce qui me plaît dans le cinéma,
en amenant volontairement le film dans le kitsch et le second degré.
Je note fréquemment des idées plus ou moins loufoques dans
la rue, le train, même au cinéma où il m'arrive de
prendre des notes sur un ticket de métro. En sortant, c'est tellement
mal écrit que je n'arrive plus à me relire et l'idée
passe ainsi aux oubliettes, d'autant plus que ma mémoire donne quelques
signes de faiblesse ! Pour en revenir à Time Demon, ça
faisait longtemps que j'avais envie de faire une série Z avec des
nazis et des femmes au look sado-maso, cuir noir, fouets, etc... Et ça
me plaisait aussi de situer certaines scènes dans le passé,
au temps des conquistadors... Et puis j'ai eu la chance de trouver un décor
très riche, une vaste usine désaffectée qui, à
l'heure actuelle, est démolie.
Comment Richard J.
Thomson arrive t-il à convaincre des acteurs professionnels comme
Laurent Dallias ou Dominick Breuil à jouer dans un de ses films
?
Laurent a déjà tenu le
rôle principal dans Roboflash Warrior, et j'ai été
très heureux de retravailler avec lui. Cette fois il joue Jack,
un type plein de défauts, mythomane, grande gueule et coureur de
jupons, mais aussi très attachant. Ce rôle a beaucoup plu
à Laurent, il s'est beaucoup amusé. Il est de plus très
crédible dans les scènes de combat, c'est l'acteur idéal
pour ce genre de films. Quant à Dominick, qui incarne un affreux
colonel SS, il excelle dans ce type de rôles. Je l'avais déjà
vu dans des courts-métrages. Il y a aussi un acteur que j'utilise
très souvent, Luc Cendrier. Il est ici le père de Jack, un
aigri fâché avec son fils. Avec ce genre d'acteurs, on sait
que les dialogues vont fonctionner à plein tube, c'est une sorte
de garantie, réconfortante pour le réalisateur. D'une manière
générale, je fais de plus en plus attention au casting. J'en
profite pour les remercier à nouveau, car ils ont tous été
bénévoles sur Time Demon. Je crois que pour bon nombre
de jeunes comédiens, l'expérience d'un long-métrage
vidéo est enrichissante, même s'il ne s'agit que d'un petit
budget. Et puis je sais parfois me montrer convaincant. J'essaye de communiquer
mon enthousiasme à un artiste que je veux voir dans le film. Il
y a beaucoup de gens avec qui j'aimerai travailler, et je pense que je
saurai m'en donner les moyens !
En ce qui concerne
le casting féminin, il est essentiellement composé d'actrices
venant du film X. Comment les as-tu trouvées et convaincues de jouer
dans ton film qui ne ressemble pas trop à ce qu'elles font d'habitude
?
Le casting féminin a été...
une aventure (rires) ! Tout comme Jean-Pierre, j'avais envie d'impliquer
des vedettes du X dans Time Demon. D'abord parce que nous voulions
tourner des scènes un peu "chaudes", ensuite parce que ça
rajoutait une touche... Et puis le X étant à la mode en ce
moment, ça ne pouvait pas être mauvais sur le plan médiatique
(c'est mon côté Roger Corman qui ressurgit...). Nous nous
sommes donc mis à la recherche de superbes créatures sexy.
Avec mon assistant, nous avons arpenté les quartiers chauds de Paris,
et à ma grande surprise nous n'avons reçu aucun coup de pied
au cul ! Après avoir écumé les peep-shows en vain,
nous avons contacté des boites de production X, des agences, ainsi
que des journaux spécialisés comme Hot Vidéo
ou Sexy Mag... On s'est finalement retrouvé sur le plateau
avec 7 ou 8 filles issues du cinéma X. La première à
avoir donné son accord à été Élodie
qui a eu envie de tenter l'expérience et avec qui je me suis très
bien entendu. Puis sont venues Channone, Charlie Spark, Zabou... Cette
dernière m'a littéralement stupéfait par la qualité
de son jeu (et aussi de sa plastique, j'avoue !), et j'espère lui
donner un plus grand rôle dans le prochain film. D'une manière
générale, elles se sont toutes montrées très
professionnelles, et j'ai été ravi de leur donner l'occasion
d'exprimer leurs talents d'actrices, ce qu'elles ne font pas souvent dans
le X. Le casting féminin n'est pas uniquement composé de
vedettes du X, mais aussi d'Élisabeth Henriques, qui tient le rôle
de la petite amie de Jack, et qui a fourni un travail considérable,
comme beaucoup d'autres petits rôles. Comme Chloé, comédienne
et modèle photo, fervente lectrice de Mad Movies (recrutée
par une petite annonce que Jean-Pierre avait publiée) et amatrice
de gore, que j'ai malheureusement sous-exploitée pour Time Demon.
Je tâcherai de me rattraper la prochaine fois ! J'espère faire
un jour un film fantastique dans lequel 90 %
des personnages seront des femmes... sexy de préférence !
Alors, avis aux amatrices ! Je compte bien rattraper mon retard dans le
domaine de l'érotisme, qui est un élément indispensable
à un film résolument Z comme Time Demon, ainsi qu'à
sa promotion.
Qu'est-ce qui t'attire
dans la série Z ? Pourquoi t'orientes-tu volontairement vers ce
genre ?
Quand on n'a pas d'argent et qu'on
veut quand-même faire du cinéma, la série Z a tendance
à s'imposer naturellernent. Ça peut être un alibi puisqu'il
existe aux USA une certaine "culture Z". Mais mon intérêt
pour le Z est plus profond, car il représente un espace de liberté
loin de toute censure parce que marginal, peu diffusé et peu important
économiquement. C'est un cinéma de passionné. Dans
le meilleur des cas, c'est bourré de références à
des films cultes et débordant de petites trouvailles, et dans le
pire des cas, lorsque nous sommes en présence de navets tournés
à la chaine dans un seul but économique, il est toujours
possible d'y trouver quelque intérêt. A condition de prendre
le recul nécessaire. Le pire film de zombies italien peut ainsi
se révéler hilarant, et même instructif sur le plan
cinématographique ou même social. C'est aussi au cinéphile
de trier. Par exemple, un remake italien d'un "grand" film américain
possédera toujours un parfum unique, et il devient ainsi intéressant
de comparer les deux versions pour s'apercevoir des différences
de mentalités, de cultures... Ce genre de petit jeu s'adresse surtout
aux spectateurs les plus connaisseurs. Cela dit, le Z que je préfère
est celui avoué dès le départ, qui assume une certaine
ringardise ou un mauvais goût revendiqués, comme avec la société
Troma. Tout en respectant certaines règles et certains schémas
narratifs, on peut laisser libre court à sa fantaisie la plus débridée.
D'une manière générale, j'aime le cinéma de
genre, absent de la culture française. Se plier à certains
paramètres ne signifie pas appauvrir son oeuvre, le western l'a
prouvé ! J'aime l'idée de faire des films dits de genre,
quitte à changer de genre à chaque fois ! Et si possible
en se permettant, en cours de route, des petits dérapages contrôlés...
C'est peut-être ça, "l'esprit Z"...
Tu dis que c'est aussi
par manque d'argent. Pourtant Time Demon comporte plusieurs scènes
gores, des gunfights, des scènes d'action de toutes sortes. Alors
comment arrives-tu, sans budget, à additionner tout ça dans
un même film ?
On emprunte à droite et à
gauche, on économise sur tout pour tout mettre en boite. Mais je
commence à en avoir un peu assez de m'interdire systématiquement
certains types de scènes. Nous n'avons pas les moyens de filmer
des cascades, par exemple. Nous avions pourtant sur Time Demon un
bon cascadeur qui nous avait proposé de faire la "torche humaine".
Mais il lui fallait quatre assistants avec chacun un extincteur pour assurer
la sécurité et nous n'avons pas pu les trouver. Tout ce qui
pourrait se gérer sans trop de risques sur une production normale
nous est interdit, et adieu les cascades ! De même, nos gunfights
ne comportent aucun impact de balles sur les murs ou les voitures... Mais
à force de travailler sans le sous, on finit par trouver des solutions
à tous les problèmes et par mettre en boite des scènes
impressionnantes sans dépenser un centime ! Nos prochaines productions
seront ainsi plus performantes... Pour ce qui est des scène sexy,
c'est le paradis : il suffit de filmer une jolie fille, et le tour est
joué, elle a fait tout le boulot ! Idéal pour les réalisateurs
fauchés ou paresseux !...
Quelle évolution
vois-tu entre tes films ?
Il y a une évolution constante
et ça va continuer ! Tout vient à force d'expérience.
Elle est essentielle : il faut certes avoir des idées, mais il faut
savoir aussi les concrétiser. Or, j'ai tellement tourné que
je commence à savoir ce qui marche et ne marche pas. A chaque film
je m'aperçois des erreurs que j'ai faites et j'essaye de ne plus
les refaire. Un scénario trop complexe et une mauvaise présentation
des personnages dans Attack of serial killers from outer space,
un mauvais dosage de l'humour dans Roboflash Warrior... En fait,
je crois que mon travail est réellement devenu "professionnel" depuis
mon court-métrage en 16 mm, La Montagne Bleue, en 1989. La
grande leçon que j'ai retenue au fil des années, c'est qu'il
faut constamment penser au spectateur, et quand on écrit, et quand
on tourne. Beaucoup de jeunes cinéastes ne pensent qu'à se
faire plaisir et emmerdent tout le monde avec leurs films... Moi, je sais
que mon principal problème désormais est d'ordre budgétaire,
et en quelque sorte c'est rassurant.
Quelle expérience,
quelle nouvelle leçon tires-tu de Time Demon ?
Au risque de paraître négatif,
je dirais que la grande leçon de Time Demon est que je suis
arrivé à la limite de ce qu'on peut faire dans des conditions
aussi précaires. Je sais maintenant qu'il me faut passer à
des budgets moins microscopiques pour pouvoir obtenir des résultats
impeccables sur le plan technique. D'où la nécessité
de la structure de production que je suis en train de monter avec Jean-Pierre
Putters et Damien Granger. J'ai trop souvent gaspillé mon énergie
pour des détails minimes qui auraient été expédiés
en un rien de temps sur un film normal. Je ne peux plus continuer à
faire appel au bénévolat car cela m'empèche d'exiger
de mon équipe toute la rigueur nécessaire. Cela dit, même
si j'améliore mes conditions de travail, je garderai cet «esprit
Z» dont je parlais tout à l'heure, et chaque centime se verra
à l'écran... De toute façon, je préfèrerai
toujours faire dix films à un million qu'un seul à dix millions.
Revoila encore mon côté Corman (rires) !
Que penses-tu de la
situation du fantastique en France ?
Il y a des choses qui se font, c'est
certain, notamment des courts-métrages, mais chacun oeuvre dans
son coin et cela n'aboutit pas à grand chose. Le seul qui persiste
et signe, c'est N.G. Mount. D'ailleurs, aussi bien lui que moi influençons
beaucoup de gens qui se mettent à tourner leurs films, et c'est
positif. Encore faudrait-il que les producteurs professionnels donnent
leur chance aux plus doués d'entre ces jeunes réalisateurs,
pour qu'un cinéma fantastique puisse se développer en France.
De la même façon, les fanzines peuvent jouer un rôle
important, en se faisant l'écho des productions françaises,
même amateurs, afin que les jeunes cinéastes trouvent leur
public. Au lieu de ça, la plupart de ces petites revues se contentent
de consacrer des pages entières aux grands auteurs américains,
en reprenant les photos de Mad Movies (on sait ce que c'est, ça
nous arrive encore ! NDLR) au lieu d'avoir une démarche plus
originale et constructive. En ce qui me concerne, les fanzines m'ayant
contacté ne serait-ce qu'une seule fois depuis trois ou quatre ans
se comptent sur les doigts d'une seule main, et c'est pareil pour N.G.
Mount, qui lui bénéficie en revanche d'une couverture médiatique
professionnelle. C'est tout de même un peu dommage quand on voit
le nombre de fanzines, le public potentiellement intéressé
par le genre, les créateurs de toutes sortes qui tentent des incursions
dans le genre, alors que finalement rien ne bouge réellement...
Heureusement qu'il y a des revues comme Mad Movies qui entretiennent encore
un peu un certain enthousiasme...