présentation  news  filmographie  interview  revues de presse  photos  vidéos  liens  à propos      facebook     
interview


Peux tu nous parler de ton dernier bébé, BLOODY FLOWERS, qui va sortir en dvd ?

Oui, il commence à dater puisque il a été tourné en 2009, mais je n’avais pas trouvé d’éditeur en France, il faut dire que le film est en anglais. Emylia le sort en mars 2012. C’est un film qui marque une rupture de ton par rapport aux films que j’avais produit dans les années 90 qui étaient plus ou moins des parodies. Bloody Flowers n’est pas une comédie, plutôt un thriller fantastique à l’atmosphère onirique. On est à mi-chemin entre le « torture-porn » genre Hostel et Twin Peaks de David Lynch.

Je pensais que tu ne voulais plus tourner de films avec de tout petits budgets, pourtant ça a encore été le cas avec Bloody Flowers ?

Eh oui, une fois de plus le budget fut microscopique ! Dans les 30 000 euros. Après TIME DEMON 2, j'avais juré de ne plus refaire de films dans ces conditions car il est toujours déprimant d'être à ce point limité et bridé par des moyens dérisoires. Comme tu le sais, je tente, depuis dix ans de trouver des financements pour des projets cinéma... en vain ! J'ai fini par craquer, je n'avais pas tourné de fiction depuis longtemps. Dans les années 2000 je me suis beaucoup consacré à la presse écrite, au tournage de reportages pour la télé et de programmes courts... mais le long-métrage me manquait, et j'ai donc "replongé" ! (rires) J'ai décidé de tourner Bloody Flowers sur un coup de tête, en décembre... Je voulais profiter du séjour à Paris de trois comédiennes étrangères qui venaient participer à des shootings. J'ai écrit en janvier et j'ai commencé le tournage en février durant deux semaines. Le film a été achevé fin 2009.

Amanda LEAR est au casting, un choix étonnant pour ce type de film.

Il s’avère qu’Amanda est une excellente comédienne, qui parle couramment l’anglais (contrairement à moi !) Elle a joué le jeu du petit budget et n'a demandé qu'une petite avance sur son cachet, qui a été négocié en participation. Elle a été très pro et très cool. D'ailleurs elle a tout de suite accepté ma proposition, car elle rêvait de tourner un film d'horreur. Mon seul regret (et le sien) est de ne pas lui avoir prévu davantage de scènes.

Pour l’anecdote, j’avais aussi voulu donner un rôle au regretté Jean Rollin, mais il a decliné, jugeant le film "trop commercial" (rires). Pourtant Bloody Flowers possède un rythme assez lent, pas si éloigné de son univers.

Julien Richard-Thomson

Comment s'est déroulé le tournage ?

Aussi bien que possible dans de pareilles conditions de précarité. Dans tout tournage il y a des galères, même sur un blockbuster. Mais c'est vrai que lorsqu'on tourne dans le dénuement total, avec peu de matos, une petite équipe et un temps de tournage ultra serré, on en chie forcément ! Nous avons souvent tourné de nuit, dans des décors qu’ on nous prêtait. Heureusement la plupart des scènes importantes ont été tournées en studio, au Studio de l'Olivier, qui appartient à mon ami Yves Boujenah - le frère de Michel - qui m'a donné un sérieux coup de pouce sur ce projet. Les plus grosses galères furent liées aux comédiens : l'un d'entre eux s'est fâché et a quitté le film, un autre a eu un grave accident de moto et n'a pas pu continuer. Au dernier moment, il a fallu réécrire le scénario, ça a été un vrai coup dur. J’ai dû supprimer des scènes, en écrire d’autres, je raccomodais les bouts de scénario sur le tournage, pendant les pauses, J'ai cru devenir fou et je n'étais pas le seul, je crois. J’ai moi-même dû jouer un personnage au dernier moment, la veille encore il n’en était pas question! Au final, l’histoire du film est bien moins cohérente et astucieuse que prévu, car il manque des pièces au puzzle. Mais il reste comprehensible, enfin je l’espère! (rires)

Qui a financé, au fait ?

J'ai financé à 100 % avec ma société Jaguarundi Productions, j'en avais assez de courir après les producteurs, les télés, le CNC (qui rejette tous les films fantastiques)... J’avais gagné un peu d’argent avec des publicités alors on a choisi de le réinvestir dans ce film.

J’ai lu sur internet que tu n’avais jamais reçu aucune subvention ou financement pour tes films ?

Je sais que cela paraît incroyable, mais je suis le seul réalisateur à n’avoir jamais perçu un centime du CNC, sous quelque forme que ce soit, des télévisions ou des institutions officielles du cinéma.

Ce n’est pas par choix, je me bats pour trouver des financements pour mes projets de longs-métrages cinéma, mais en vain pour le moment. Je n’ai sûrement pas frappé aux bonnes portes. Certains voient en moi un "rebelle" du cinéma, un peu comme un Mocky avec trente ans de moins... sauf que je subis cette situation! Je ne demande qu’à bosser avec des investisseurs classiques.

On te perçoit comme un marginal.

Je pense que cela vient en partie du fait que j’ai réalisé des fillms de manière indépendante pendant toutes ces années, cela effraie les maisons de production française. Et puis, il est certain que mes projets sont parfois en décalage avec la production héxagonale, ce sont souvent des films fantastiques assez sombres, ou alors au contraire des comédies "décalées" ou un peu trash (je pourrais citer l’univers des frères Coen, ou de Tarantino) avec des thématiques peu exploitées. En France, on aime surtout le drame réaliste ou la comédie de bons sentiments.

Parfois on me dit "mais ton scénar, c’est du Cronenberg!" personnellement je prends ça pour un compliment. Il y a aussi un autre phénomène : quand on regarde qui tourne des films en France, on s'aperçoit qu'il s'agit d'un microcosme : les "fils de", les "cousins de", ceux qui jouent au tennis avec Untel, qui sortent en boîte avec Machin... Parfois certains ont le même dealer de coke, alors forcément, ça crée des liens... Moi je ne suis pas très "people", c'est une corvée d'aller aux cocktails et j'en paie le prix fort. Aux USA les réalisateurs subissent la dictature du box-office, en France c’est la loi du copinage.

Julien Richard-Thomson

Canal Plus ne t’a jamais contacté pour réaliser un film de genre ?

Il est vrai que Canal Plus pré-achète des films fantastiques, dans le cadre de leur collection "French Frayeur". Je suis en relation avec eux. Pour le moment on a du mal à trouver un scénario qui leur convient, ils me reprochent d’être trop "original", j’avais écrit un film d’horreur dans le milieu de la gastronomie moléculaire, mais ils n’ont pas été convaincus. Ils cherchent surtout de la série B assez classique et premier degré, je dis cela sans porter de jugement péjoratif. Il y a eu une grosse demande de films de zombies, par exemple, moi je n’avais pas très envie d’en tourner, car j’en ai déjà fait quand j’avais vingt ans. Aujourd’hui, j’ai envie de passer à autre chose, explorer d’autres facettes du cinéma fantastique. Cela dit j’ai quand même produit un petit film de zombies, une parodie de Rec intitulée Eject qui doit sortir en 2012.

On te sent amer.

Forcément, c’est énervant d’avoir écrit des tas d’histoires passionnantes qui dorment dans des tiroirs faute de financement. Je pourrais les tourner en low-cost, comme les précédents, mais cela réduirait trop leur potentiel. Ce qui me consterne c’est que je n’obtiens souvent aucune réponse des producteurs "officiels" quand je leur adresse des scénarios, je n’arrive même pas à décrocher un rendez-vous auprès de gens comme Sombrero ou La Fabrique, alors qu’ils déclarent parfois chercher de nouveaux talents. Ils ne piochent que dans leurs connaissances proches, des mecs qui ont fait 2 ou 3 clips et voilà..après les mecs se plaignent que leurs films sont ratés (rires).

Tu as pourtant des projets, non ?

Toujours! Ma force est d’avoir déjà connu les pires conditions, d’avoir pris tellement de coups, je sais que je tournerai jusqu’à ma mort que cela plaise ou non! J’ai des projets sur lesquels je ne peux pas trop m’étendre puisque rien n’est signé. Je travaille sur un film à sketches dont le titre provisoire est PARIS MALEFIQUE, il devrait être co-réalisé par différents réalisateurs de genre français. Nous en sommes au stade de l’écriture, je produirai et réaliserai l’un des segments..si nous parvenons à réunir le budget suffisant !

Par ailleurs, j’attends des réponses d’investisseurs pour des projets low-cost, pour différents films comme PSYCHO GIRLS. J’ai un scénario délirant sur le catch, je l’avais envoyé à Europa mais je n’ai jamais reçu de réponse. Sinon j’écris actuellement un film assez sombre sur l’esclavage moderne, une sorte de film d’horreur à dimension sociale. On est loin de Bienvenue chez les ch’tis, quoi ! Tu vois je suis incorrigible !

Propos recueillis par Sandra M. (décembre 2011)